Anticoste de RICHARD BAILLARGEON, Fragments pour une histoire – Pierre Dessureault

Richard Baillargeon, Anticoste, 2012, vue de l’exposition / exhibition views, galerie des arts visuels, Université Laval, Québec, photos : Renée Méthot

Richard Baillargeon, Anticoste, 2012, vue de l’exposition / exhibition views, galerie des arts visuels, Université Laval, Québec, photos : Renée Méthot

Anticoste de Richard Baillargeon se présente comme une composition complexe de matériaux hétérogènes organisés en groupes pour créer de vastes réseaux de significations, d’échos et de résonances et constituer une réflexion tant sur l’histoire d’Anticosti que sur les procédés narratifs mis en oeuvre dans la connaissance et la relation du passé. L’ensemble comprend trois mosaïques de documents divers et une d’objets, trois vues panoramiques, une imposante carte de l’île et en dernier lieu une tablette numérique interactive qui fait office de rose des vents qui viendrait orienter le spectateur dans cette vaste composition.

Les grandes mosaïques aux contours asymétriques confrontent photographies réalisées par Baillargeon lors de deux séjours dans l’île en 2004 et 2011, images d’archives, illustrations issues de la tradition populaire, textes de l’artiste, extraits d’articles de presse, comptes rendus de voyageurs, pictogrammes. Au même titre que les objets trouvés sur l’île et détournés de leur fonction utilitaire par leur déploiement dans l’espace de l’installation, tous ces fragments produits de l’histoire deviennent artéfacts de la culture dont ils sont issus qui doit être vue « comme une concrétion de techniques, de coutumes, d’idées et de croyances, sans doute engendrées par des individus, mais plus durable qu’aucun d’eux. »

Trois grands panoramiques décrivant des lieux emblématiques de l’île s’insèrent entre les mosaïques et ponctuent le parcours. Ceux-ci conjuguent dans leur espace allongé le domaine de la nature qui revient réclamer ses droits sur le champ jadis occupé par la culture comme en témoignent les vestiges d’occupation humaine qui émergent à peine d’une végétation boréale. Une grande carte de l’île composée de fragments prélevés sur des relevés réalisés à diverses époques est présentée pour sa part sous forme de grille.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

Pierre Dessureault est historien de la photographie et commissaire indépendant. Il a organisé de nombreuses expositions et publié un grand nombre de catalogues et d’articles sur la photographie actuelle. Il a dirigé l’ouvrage Nordicité publié en 2010 aux Éditions J’ai VU et regroupant un ensemble de photographies d’artistes québécois, canadiens et d’Europe du Nord et d’essais de spécialistes de l’histoire de l’art et des sciences humaines.

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