Christian Tagliavini, 1503 | Dame di cartone – Johanna Mizgala, Maniérisme, Médicis et Madmen : la mise en scène photographique de Christian Tagliavini

Christian Tagliavini, Cubism I, 2008, from the series / de la série Dame di cartone, digital prints / impressions numériques, 160 x 128 cm

Christian Tagliavini, Cubism I, 2008, from the series / de la série Dame di cartone, digital prints / impressions numériques, 160 x 128 cm

Les portraits exercent sur nous une fascination trompeuse : le visage d’autrui attire instantanément notre regard. Plongés dans cette contemplation, nous découvrons progressivement une réalisation soigneusement orchestrée qui doit être décodée pour être pleinement comprise. En ce sens, le portrait peut être lu comme une forme première de publicité : établir son image de marque. Loin de reproduire simplement les caractéristiques physiques du sujet, tout objet ou indice inclus dans la composition sert à guider le spectateur dans sa perception de la personne représentée. Tout ici est méticuleusement considéré, chaque élément donnant des indications sur la personnalité du sujet, le lieu où il vit, et sa position sociale. De même, la façon don’t le sujet choisit de s’habiller (ou non) peut constituer une projection de sa persona. Tout comme les emblèmes de sa profession font office de figurants autour du personnage central du portrait, sa tenue donne des indications sur son statut social, son occupation, son style et ses goûts, si nous estimons avec Mark Twain que l’habit fait l’homme, ou la femme. Tout vêtement devient ainsi un costume dans le contexte de l’image, sa signification s’inscrivant dans le rôle joué par le sujet. Les costumes nous permettent de porter, littéralement, l’emblème de ce que nous désirons être, projeter, nier ou confirmer. Le sujet du portrait joue donc consciemment son rôle, avec la complicité volontaire de l’artiste. Traduit par Emmanuelle Bouet.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine].

Né en 1971, Christian Tagliavini a grandi en Italie et en Suisse. Après avoir étudié le design graphique, il a été architecte et graphiste, avant de se consacrer à la photographie d’art en 2000. Son travail a été montré dans plusieurs expositions de groupe en Suisse et ailleurs, ainsi que dans les pages de magazines internationaux comme Eyemazing et The British Journal of Photography. Il vit et travaille à Lugano, en Suisse. Il est représenté par Camerawork Gallery, Berlin, et Cons Arc Galleria, Chiasso, en Suisse. www.christiantagliavini.com

Johanna Mizgala est commissaire indépendante, critique d’art et enseignante. Sa thèse doctorale porte sur les manifestations de l’humour chez les sujets des premiers portraits photographiques, la relation de collaboration inhérente à la séance de pose, et le caractère universel de ces transgressions insouciantes, au-delà des distinctions de race, de classe et de genre.

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