Family of Man | New Topographics, L’audace par procuration : Lorsque l’exposition est reproduite – Bénédicte Ramade

Family of Man, 1994, vue de l'exposition / exhibition view, Château de Clervaux, Luxembourg, photo : Romain Girtgen, CNA

Family of Man, 1994, vue de l’exposition / exhibition view, Château de Clervaux, Luxembourg, photo : Romain Girtgen, CNA

Ces deux dernières décennies ont été le théâtre de l’accroissement d’un phénomène complexe, celui des reproductions d’expositions. Selon qu’il s’agisse d’une inclusion à la manière d’une period room ou d’une réédition complète d’un précédent fameux de l’histoire de l’art du XXe siècle, la répétition ne produit pas les mêmes effets. Et selon qu’elle soit d’une précision maniaque, à l’instar de Live in Your Head: When Attitudes Become Form, exposition mythique d’Harald Szeemann initialement présentée à la Kunsthalle de Berne en 1969 et rééditée par la Fondation Prada dans son palais vénitien du XVIIIe siècle en 2013, ou une réédition parcellaire, comme celle, présentée en 2010 à la Kunsthaus de Zurich, de la première monographie de Pablo Picasso remontant à 19321, la valeur d’enseignement n’aura pas la même portée. Depuis l’exercice de curiosité pratiqué dans le but d’y trouver un secret enfoui, la reproduction d’expositions est le symptôme à la fois d’une patrimonialisation et de l’avènement des curatorial studies. On pourrait tout autant la voir comme le signe d’un opportunisme, voire d’une paresse, à moins qu’elle ne soit celui d’un profond aveu de faiblesse institutionnelle à la recherche de l’éclat passé. Deux expositions récemment reprises synthétisent tous ces enjeux : Family of Man, vision humaniste d’Edward Steichen inaugurée en 1955 et désormais installée à demeure au Luxembourg sous une forme permanente, et New Topographics: Photographs of a Man-Altered Landscape, exposition présentée en 1975 par William Jenkins à la George Eastman House de Rochester et devenue, de 2009 à 2012, itinérante et internationale.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine].

1 C’est Picasso lui-même qui effectua sa propre sélection pour cette institution.

Bénédicte Ramade est historienne de l’art. Elle travaille actuellement à la publication de son doctorat consacré à la réhabilitation critique de l’art écologique américain. Journaliste et critique d’art, elle a développé une expertise sur les questions de nature et d’écologie dans les pratiques contemporaines qu’elle matérialise dans des commissariats d’exposition (Acclimatation, Villa Arson, Nice, 2008-2009; REHAB, L’art de re-faire, Fondation EDF, Paris, 2010-2011).

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