Le livre photographique au Québec, Intuitions pour une histoire à défricher – Alexis Desgagnés

Marcel Cognac, Guerre aux loups ! (N.P.:Éditions Marcel Cognac, 1962). Michel Régnier, Montréal, Paris d’Amérique (Montreal: Éditions du Jour, 1961). Michel Régnier, Québec, une autre Amérique (Quebec City: L’éditeur officiel du Québec, 1970).

Marcel Cognac, Guerre aux loups ! (N.P.:Éditions Marcel Cognac, 1962). Michel Régnier, Montréal, Paris d’Amérique (Montréal: Éditions du Jour, 1961). Michel Régnier, Québec, une autre Amérique (Quebec City: L’éditeur officiel du Québec, 1970).

J’ai découvert Marcel Cognac par hasard. Un hasard qui s’offre à qui sait l’attendre. Un hasard qui s’offre à qui cherche à comprendre un peu sa culture et son pays. En tombant sur un exemplaire de son livre Visages du Québec, publié en 1964 et dont le texte est signé par Jean-Charles Harvey, je ne savais pas encore qu’Harvey, mort douze ans avant ma naissance, était, comme mes parents, un enfant des paysages magnifiques de Charlevoix. Je n’avais pas lu non plus le sulfureux Les demi-civilisés, dont j’avais cependant sauvé un exemplaire de l’autodafé contemporain auquel se livre ma société : 2,95 $ à l’Armée du Salut. Au Colisée du livre de Québec, ce n’est pourtant pas la réputation de Harvey en tant qu’auteur qui avait guidé mes mains vers cet exemplaire de Visages du Québec. La magnifique page couverture dépourvue de titre et illustrée par une photographie en noir et blanc montrant des billots de bois avait capté mon attention. Scène de drave : premier contact avec Marcel Cognac1.

Certes beau, le livre n’est pas génial. En le feuilletant, on y retrouve la célébration photographique des sempiternels stéréotypes usés de la culture québécoise, dont je vous épargne l’énumération puisque vous les avez peut-être déjà ressassés au point d’en avoir été honteux. Comme il m’est récemment apparu que cette honte ne m’habite désormais plus, j’en suis venu à considérer ce livre comme un des maillons de cette histoire à défricher qu’est celle du livre photographique au Québec. S’agissant de publications antérieures aux années 1980, cette histoire se résume en effet à quelques livres mythiques qu’on peut aisément compter sur les doigts d’une seule main. Pouce : Où la lumière chante (1966). Index : Les ouvriers (1971). Majeur : Open Passport (1973). Annulaire : Disraeli (1974). Auriculaire : Transcanadienne sortie 109 (1978)2. Pour les oubliés, il me reste l’autre main.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine].

1 Jean-Charles Harvey et Marcel Cognac, Visages du Québec, Ottawa, Le Cercle du livre de France, 1964; Jean-Charles Harvey, Les demi-civilisés, Montréal, Typo, 1993 (1934).

2 François Lafortune et Gilles Vigneault, Où la lumière chante, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1966; Pierre Gaudard, Les ouvriers, Ottawa, ONF, 1971; John Max, Open Passport, Toronto, Impressions, 1973; Collectif, Disraeli, une expérience humaine en photographie, Montréal, Les Publications de l’imagerie populaire, 1974; Jean Lauzon et Normand Rajotte, Transcanadienne sortie 109, Montréal, Les Éditions OVO, 1978.

Alexis Desgagnés vit et travaille à Québec. Ses recherches abordent la théorie et la pratique de la photographie sous un angle dialectique. Son travail photographique a été montré à L’Œil de poisson et à Regart (Québec), ainsi que dans diverses revues. Collaborateur régulier du magazine Ciel variable à titre d’auteur, Alexis Desgagnés est chargé de cours à l’Université de Montréal et à l’Université Laval, et a été directeur artistique à VU, centre de diffusion et de production de la photographie.

Acheter cet article