Nicolas Baier, Autoportrait – Sylvain Campeau, En passant par la photographie

Autoportrait (détail), 2012, acier, aluminium, nickel, verre trempé, matériaux mixtes / steel, aluminum, nickel, tempered glass, mixed media, 245 x 305 x 610 cm, photo : Richard-Max Tremblay

Autoportrait (détail), 2012, acier, aluminium, nickel, verre trempé, matériaux mixtes / steel, aluminum, nickel, tempered glass, mixed media, 245 x 305 x 610 cm, photo : Richard-Max Tremblay

Nicolas Baier, de par ses travaux, n’a jamais été autre chose qu’un photographe, ceux-ci étant habités par toutes les potentialités, les composantes et les mécanismes du médium. Il en est ainsi même quand les oeuvres qu’il crée ne sont pas photographiques. Évidemment, il l’a abondamment prouvé dans les Travaux récents, exposition de 2001, et ses Scènes de genre, cette fois en 2003. Paréidolies, presentation de 2010, allaient dans le même sens. Il l’est toutefois d’une manière qui est à nulle autre pareille, parvenant à d’autres médiums par le moyen de la photographie. Ainsi, les maculations et maculatures des Garage et autres Profils (2009), des Vieux Continents (2007), l’imprégnation des pièces du Chemin de l’eau et de La formation des nuages, toutes deux de 2008, tout comme la représentation en pixels surdimensionnés et disruptifs d’un Nourriture-Vaisselle de 2001, sont des façons d’explorer et d’éclater des elements constitutifs de la mécanique et du matériau photographiques. Bien sûr, on citera La théorie des nuages de Damisch, on parlera des formes à la Rorschach, du Traité de la peinture de Leonardo da Vinci qui voit dans les formes primaires de taches et autres rappelons que les Paésines, par exemple, sont des prises numérisées, au plus proche de la matière d’origine, en reproduction voulue intégrale, de formations minérales dont la constitution élémentaire est celle, au début tout aussi minérale, de la photographie aux sels d’argent. Derrière cette stratégie de saisie, dans les replis de la chose montrée, la photographie se profile tel un spectre1. Ce strict respect de l’échelle évoque en effet l’idée au fondement de la creation du médium, qui était d’offrir de la chose montrée une copie en totale correspondance. Or l’ironie est ici que c’est en obéissant stricto sensu à cette modalité que l’oeuvre ainsi créée ne semble plus rien avoir de photographique.

Portfolio publié avec un texte inédit de Sylvain Campeau.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

Sylvain Campeau est poète, critique d’art, essayiste et commissaire d’exposition. Il a publié cinq recueils de poésie, un essai sur la photographie (Chambres obscures. Photographie et installation) et une anthologie de poètes québécois (Les Exotiques). Deux nouveaux essais ont vu le jour récemment : Chantiers de l’image, en 2011 et Imago Lexis. Sur Rober Racine en 2012. Comme critique et essayiste, il est l’auteur de nombreux textes parus dans des monographies d’artiste, des catalogues d’exposition et des revues étrangères (France, Espagne).

Nicolas Baier a fait sa marque en manipulant des photos numériques. Il prélève des images du réel auxquelles il apporte de légères modifications. Celles-ci nous révèlent quelquefois un sens caché, une signification autrement invisible, pour ensuite les présenter en une nouvelle esthétique où s’affirment variations d’échelle, incongruités de perspective, paradoxes oniriques et hasards significatifs. L’artiste crée maintenant des œuvres tridimensionnelles dans le même esprit, en sculptant comme on photographie, pour ainsi dire, afin de capter, là encore un instant-monument, un reflet figé de notre temps. Il a exposé son travail dans plusieurs musées au Canada et à l’étranger, notamment en France et aux États-Unis. Il est représenté par la Galerie Division à Montréal et à Toronto. nicolasbaier.com

Acheter cet article