Clément Chéroux : La nouvelle galerie de photographie du Centre Pompidou – Rémi Coignet

[Printemps-été 2015]

Ugo Mulas, Verifica 2, L’operazione fotografica. Autoritratto per Lee Friedlander, 1970, 51 × 41 cm. Don de Valentina et Carmela Mulas en 2010.

Ugo Mulas, Verifica 2, L’operazione fotografica. Autoritratto per Lee Friedlander, 1970, 51 × 41 cm. Don de Valentina et Carmela Mulas en 2010.

À l’automne 2014, le Centre Pompidou inaugurait un nouvel espace d’exposition entièrement dédié à la présentation de la photographie. Au-delà des implications strictement locales qu’elle suppose, une telle décision, de la part d’une institution muséale d’envergure mondiale, peut être comprise comme une reconnaissance sans équivoque de la légitimité de la place désormais octroyée à ce médium au sein du système et des institutions canoniques de l’art contemporain. Conservateur de la photographie du Centre Pompidou, Clément Chéroux explique les motivations au principe de cette décision, ainsi que les implications théoriques qui lui sont inhérentes.

Rémi Coignet : Pourquoi le Centre Pompidou a-t-il fait le choix d’ouvrir une galerie dédiée à la photographie ?
Clément Chéroux : Il y a trois ans, le président du Centre Pompidou, Alain Seban, m’a demandé de réfléchir aux différentes possibilités de créer un espace spécifique pour la photographie. J’ai alors observé la situation des institutions pluridisciplinaires qui conservent de la photographie, mais aussi de la peinture, de la sculpture, de la vidéo. Je me suis rendu compte qu’il y avait, en gros, deux modèles.

Le premier modèle, plutôt américain, en vigueur au Metropolitan et au MoMA à New York, consiste à présenter les expositions et la collection dans une galerie de photographie et à ne pas montrer de photographie dans le reste du musée. L’autre modèle, plutôt européen – celui du Centre Pompidou, depuis son ouverture en 1977, et celui de la Tate aussi, aujourd’hui – consiste à présenter de la photographie dans le parcours permanent des collections et, de temps en temps, dans de grandes expositions. Chacun des deux modèles a des avantages et des inconvénients. Le modèle américain permet de bien montrer la collection et le travail des conservateurs, mais il a un handicap : il ne permet pas le dialogue des arts. Comment concevoir aujourd’hui une salle sur le surréalisme ou sur le constructivisme sans en montrer les photographies ? Le modèle européen présente, lui les avantages et les inconvénients exactement inverses.

À la suite de ce constat, nous avons pris la décision d’observer conjointement les deux politiques : de continuer à avoir de la photographie dans le musée, mais aussi d’avoir un espace spécifique pour la photographie. Nous y montrerons trois expositions par an, une historique, une contemporaine et une thématique.

RC : Justement, après l’exposition inaugurale consacrée au photographe surréaliste Jacques-André Boiffard, se tient actuellement une exposition thématique intitulée Qu’est-ce que la photographie ?, qui réunit des artistes aussi divers que Brassaï, Ugo Mulas et Mishka Henner. Cette question posée au médium est-elle une définition possible de la photographie comme oeuvre ?…

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

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