Le Mois de la Photo à Montréal 2015, Qu’est-devenue la photographie à l’ère 
des technologies mobiles et des réseaux sociaux ? – Élène Tremblay

[Hiver 2016]
Joachim Schmid, Other People’s Photographs, 2008-2011. Vue d’exposition. Livres avec couverture rigide et jaquette, impression à la demande, couleur
. Édition illimitée, numérotée et signée.

Joachim Schmid, Other People’s Photographs, 2008-2011. Vue d’exposition. Livres avec couverture rigide et jaquette, impression à la demande, couleur
. Édition illimitée, numérotée et signée.

par Élène Tremblay

[Extrait]
La proposition du commissaire Joan Fontcuberta de réunir des artistes explorant la condition post-photographique pour cette édition du Mois de la Photo à Montréal est d’autant plus pertinente que, depuis la publication du livre The Reconfigured Eye par William J. Mitchell en 19921, nous sommes entrés de plain-pied dans une ère où, comme ce dernier l’avait souligné, non seulement le numérique a remis en question le statut de document de l’image photographique et la croyance en sa véracité, mais où il a également modifié ses modes de production et de réception. La production effrénée d’images amateurs produites sur cellulaire, leur partage immédiat dans Internet et les pratiques de la recherche d’images et du copier-coller ont des impacts qui sont encore aujourd’hui à investiguer. Cet état de fait correspond, comme le fait remarquer Fontcuberta, à une deuxième rupture ou révolution numérique, provoquée par l’apparition des réseaux sociaux et des technologies mobiles.

À l’ère du post-photographique, on consomme les images non plus sur papier, mais sur divers types d’écrans. L’image est électronique, lumineuse, vite remplacée par une autre dans un tourbillon d’images. Elles nous parviennent organisées non plus seulement selon l’auteur ou le thème, mais également selon nos habitudes de navigation, qui sont recueillies par les algorithmes des moteurs de recherche. Non seulement les photographies amateurs prolifèrent-elles, mais on assiste également à la création de nouveaux genres et pratiques ainsi qu’à la re-popularisation de genres anciens : l’autoportrait devenu selfie avec ses « duckfaces » répétés, le diaporama, le tourisme à distance au moyen de Google Street View et de Google Earth, la photographie de son plat au restaurant, la page nécrologique dans Facebook, etc.

Fontcuberta avance avec justesse que cette prolifération des images, leur production, publication et appropriation par tout un chacun, remet en question les notions d’oeuvre d’art et d’auteur tout comme l’autorité des « experts de l’image », critiques, commissaires et professeurs, tandis que les internautes créent leurs propres regroupements d’images dans Flickr, Instagram, Pinterest, Google, Facebook et YouTube. La proposition du commissaire explore toutes ces questions et nous renvoie, par effet de miroir, au monde des images que nous créons et consommons aujourd’hui. Les pratiques qu’il a réunies se distinguent pour la plupart par un travail de documentation et de collection d’images existant dans Internet qui rend compte, problématise et interroge ces nouveaux usages et formes de présentation de la photographie aujourd’hui…

1 William J. Mitchell, The Reconfigured Eye: Visual Truth in the Post-Photographic Era, Cambridge, Mass., MIT Press, 1992.

 
[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine.]

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