De renards, de livres et d’édition – Louis Perreault

[Printemps-été 2018]

Suivi d’impression du livre January, de Jessica Auer, chez Quadriscan / Print follow-up at Quadriscan of the book January by Jessica Auer

Suivi d’impression du livre January, de Jessica Auer, chez Quadriscan / Print follow-up at Quadriscan of the book January by Jessica Auer

Par Louis Perreault

[Extrait]
Il y a d’abord eu un renard. Celui que quelques marcheurs remarquaient sur le sentier, mais qui esquivait le regard trop attentif en disparaissant dans les herbes envahissantes d’un terrain postindustriel de l’Est de Montréal. J’ai rapidement pris cet animal en affection et en ai fait une sorte de totem personnel. Présence discrète au milieu des villes, ce marginal au pas léger semblait peu enclin à lever la voix pour clamer son originalité. Lorsqu’en 2012 m’est venue l’idée de fonder une maison d’édition, le renard semblait évoquer parfaitement mes ambitions : produire des livres qui, sans s’opposer à l’écosystème québécois, s’y faufileraient discrètement, avec l’objectif de rejoindre un groupe plus restreint d’amateurs de livres photographiques et de s’interroger, au passage, sur les manières de faire ceux-ci au Québec.

Mes collègues Alexis Desgagnés1 et Mona Hakim2 ont déjà soulevé en ces pages les lacunes existant ici autant dans le soutien à la production des livres d’artistes que dans leur diffusion médiatique, laissant prendre à cette forme éditoriale un retard évident sur ses semblables internationaux. Au printemps 2017, l’artiste Serge Clément et moi-même avons d’ailleurs adressé une lettre au Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) pour demander des changements dans les critères d’admissibilité du programme Promotion, destiné aux artistes en arts visuels. Nous avancions alors qu’il serait souhaitable d’élargir ces critères afin de répondre au désir des artistes de produire autre chose que des monographies, seule véritable forme de publication reconnue par le programme. La lettre fut cosignée par plus de quarante collègues et amis, et a reçu une réponse polie de la part de la direction du CALQ, promettant une révision des programmes qui tiendrait compte de nos préoccupations. S’il fallait identifier la principale motivation de mon engagement en tant qu’artiste et éditeur, l’indépendance serait certainement très haut sur la liste. Or, on aura beau ignorer le renard qui rôde dans les quartiers de la ville, celui-ci en fera toujours partie, compte tenu de sa nature synanthropique. À son image, les initiatives d’édition indépendante continueront de se multiplier et il faudra un jour trouver le moyen de les soutenir, au même titre que celles correspondant aux standards des programmes actuels…

1 Voir « Le livre photographique au Québec : Intuitions pour une histoire à déchiffrer », Ciel variable, no 97, p. 54-60.
2 Voir « Le livre photographique : un état des lieux », Ciel variable, no 106, p. 92-93.

 
[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente partout au Canada jusqu’au 14 septembre 2018 et sur notre boutique en ligne.]

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