Chroniques d’une disparition : Voir ce qui disparaît – Charles Guilbert

Omer Fast, 5000 Feet Is the Best, 2011, film numérique / digital film, boucle de 30 min / 30 min. loop, permission de / courtesy of gb agency Paris and Arratia Beer Berlin

Omer Fast, 5000 Feet Is the Best, 2011, film numérique / digital film, boucle de 30 min / 30 min. loop,
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Il arrive que, grâce à l’intuition d’un commissaire, une exposition de groupe devienne une œuvre d’art en soi. C’est le cas de Chroniques d’une disparition, dans laquelle John Zeppetelli non seulement présente cinq œuvres d’une densité extraordinaire mais réussit, par leur rapprochement, à tisser des réseaux de sens qui donnent à chacune des propositions une force redoublée. Sa recherche sur la disparition, Zeppetelli l’a entamée en se penchant sur une œuvre qui, pour toutes sortes de raisons, n’a pu être exposée. Il s’agit de Là, d’où nous venons, d’Emily Jacir, une artiste palestinienne documentant les actions qu’elle accomplit sur les territoires palestiniens à la demande de réfugiés, son passeport américain lui donnant le privilège d’y avoir accès. La disparition qui touche Zeppetelli est liée à des sous-thèmes comme l’absence, la frontière, le déplacement et le passage du temps. S’inspirant de cette œuvre – qui a finalement « disparu » de son projet –, mais aussi du film du Palestinien Elia Suleiman – auquel il a emprunté son titre d’exposition –, Zeppetelli s’intéresse donc à une nébuleuse thématique plutôt qu’à un seul thème, ce qui l’amène à lier les œuvres en créant de multiples cohérences. Dans le travail de Jacir comme dans les cinq œuvres finalement choisies, une réalité sociohistorique sert de point de départ pour aborder la question de la disparition. Cette approche documentaire, à force d’inférence, donne souvent lieu, en art contemporain, à des œuvres sèches, didactiques ou illisibles. Ici, ce n’est jamais le cas, les artistes choisis ayant tous un sens développé du récit, de la synthèse et de la poésie. Leurs œuvres, visant à mettre au jour les fondements humains et se situant dans la perspective d’une re-création, atteignent même une dimension mythique.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

Charles Guilbert est artiste, écrivain et critique (charlesguilbert.ca). Ses réalisations artistiques ont été présentées au Québec et à l’étranger, notamment au Musée d’art contemporain de Montréal, à la Manif d’art de Québec, au Casino Luxembourg et au Metropolitan Museum de Tokyo.

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