Taryn Simon : Mise en déroute de la vérité – Mirna Boyadjian

CALVIN WASHINGTON, C&E Motel, Room No. 24, Waco, Texas, 2002 de la série / from the series The Innocents, épreuve chromogénique / c-print, 122 x 152 cm, © Taryn Simon, permission de / courtesy of Gagosian Gallery Where an informant claimed to have heard Washington confess. Served 13 years of a Life sentence for Capital Murder. / C’est ici qu’un informateur déclarait avoir entendu Washington se confesser. Condamné à la prison à vie pour crime grave, il a subi 13 ans d’emprisonnement.

CALVIN WASHINGTON, C&E Motel, Room No. 24, Waco, Texas, 2002 de la série / from the series The Innocents, épreuve chromogénique / c-print, 122 x 152 cm, © Taryn Simon, permission de / courtesy of Gagosian Gallery.
C’est ici qu’un informateur déclarait avoir entendu Washington se confesser. Condamné à la prison à vie pour crime grave, il a subi 13 ans d’emprisonnement.

« Les photographies disent-elles la vérité ? » tel est le titre d’un essai écrit par Howard Becker en 1986 et dont l’interrogation semble toujours d’actualité. S’il est aujourd’hui admis que l’image photographique constitue une (re)construction du monde et non une reproduction de la réalité, une certaine conception judiciaire tend à se maintenir. Malgré le travail de mise en forme, de mise en récit ou de fictionnalisation, la surface photographique (comme d’ailleurs l’image filmique), indissociable de son mode de production mécanique, suscite l’idée selon laquelle la photo offre une quelconque « vérité » des choses. Sommes-nous, comme le suggère Jacques Rancière, à l’âge où « écrire l’Histoire et écrire des histoires relèvent d’un même régime de vérité? », où réalité et fiction s’entrelacent au sein d’un même espace que nous appréhendons selon des critères de connaissance similaires? La pratique photographique de l’artiste new-yorkaise Taryn Simon consiste justement à sonder, voire à déjouer les liens entre la réalité et son image tant par les registres thématiques traités que par les stratégies formelles employées. L’automne dernier, le Musée d’art de Milwaukee présentait l’exposition Taryn Simon: Photographs and Texts, laquelle regroupait trois séries photographiques récentes : The Innocents (2003), An American Index of the Hidden and Unfamiliar (2007) et Contraband (2010). En choisissant de mettre l’accent sur l’agencement texte/ image que privilégie l’artiste, Lisa Hostetler, commissaire de l’exposition, a reconnu l’importance que recouvre ce dispositif, lequel concourt à ébranler la perception du spectateur et à désorienter son interprétation.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

Mirna Boyadjian poursuit actuellement une maîtrise de recherche en histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal portant sur l’œuvre de l’artiste new-yorkaise Taryn Simon. Parallèlement à ses activités de recherche, elle travaille au sein de l’Observatoire de l’imaginaire contemporain (OIC).

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