Joan Fontcuberta, La photographie à l’ère des météorites – Alexis Desgagnés

[Hiver 2013]

Réflectogrammes, 2011, vue d’installation de la mosaïque photographique / installation view photographic mosaic, sonimagfoto, Barcelone ; Derrière le miroir, 2011, deux vues de l’installation vidéo / two views of video installation, Museo de Arte del Banco de la república, Bogotá

Réflectogrammes, 2011, vue d’installation de la mosaïque photographique / installation view photographic mosaic, sonimagfoto, Barcelone ; Derrière le miroir, 2011, deux vues de l’installation vidéo / two views of video installation, Museo de Arte del Banco de la república, Bogotá

Fort de la reconnaissance internationale que lui ont procurée ses nombreuses expositions et publications depuis environ quarante ans, l’artiste catalan Joan Fontcuberta est, aujourd’hui, un acteur incontournable du discours sur les enjeux photographiques à l’ère du Web 2.0. en 2011, il a été co-commissaire de l’exposition controversée From Here On, présentée notamment aux ren contres d’Arles et qui portait sur l’appropriation artistique d’images tirées d’internet. rencontré à Québec en juillet 2012, Joan Fontcuberta s’exprime sur l’extinction imminente des « photosaures » et les conséquences de l’impact des technologies numériques sur la photographie.

Alexis Desgagnés : Depuis dix ou quinze ans, le concept de « mort de la photographie » est omniprésent dans la discussion des enjeux actuels du médium photographique. Tout se passe comme si un certain consensus s’était peu à peu installé autour de l’idée voulant qu’il se soit opéré, au cours de la dernière décennie, un changement de paradigme à la faveur du tournant de la photographie argentique vers la photographie numérique. Beaucoup des acteurs du discours sur la photographie ont soutenu que la révolution numérique aurait engendré la mort de la photographie et qu’on assisterait depuis quel ques années à l’avènement d’une ère post-photographique. Quelle est votre opinion sur cette morbidité ambiante du discours sur la photographie? La mort de la photographie est-elle, pour vous, une réalité effective?
Joan Fontcuberta : Je place ces questions dans une perspective darwinienne, c’est-à-dire qu’il y a une évolution des médias, une évolution dans la culture qui ressemble à l’évolution des êtres vivants. Alors, en utilisant cette métaphore, on peut convenir qu’il y a vingt ans, une météorite est tombée dans la culture, ce qui modifie notre environnement. D’une part, il y a des photographes qui ne s’aperçoivent pas que l’atmosphère commence à changer, que la lumière est différente ; je les appelle des photosaures. D’autre part, il y a des photographes qui commencent à s’adapter à un climat, à une situation, à un paysage qui sont en train de se transformer dramatiquement. Je pense que cette météorite est la technologie numérique.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

Historien de l’art, commissaire et artiste, Alexis Desgagnés est directeur artistique à VU, centre de photographie (Québec), ainsi que chargé de cours à l’Université de Montréal et à l’Université Laval. Collaborateur régulier de Ciel variable, ses recherches concernent principalement l’histoire de la photographie d’hier et d’aujourd’hui. Son travail photographique été montré à l’Œil de poisson (Québec) et dans Inter art actuel (n° 110) et Der Greif (n° 5). La présente entrevue s’inscrit dans le cadre du projet Adieu photographie ? Vies et morts de la photographie à l’ère numérique.

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