Donald McCullin, Collision, Helen Doyle, Représenter la guerre et les conflits sociaux? – Pierre Dessureault

Michael Mitchell, Lever du jour, Campement de la milice, Pantasma, 3 mars 1984, permission de / courtesy of Musée des beaux-arts du Canada, Musée canadien de la photographie contemporaine collection, Ottawa

Michael Mitchell, Lever du jour, Campement de la milice, Pantasma, 3 mars 1984, permission de / courtesy of Musée des beaux-arts du Canada, Musée canadien de la photographie contemporaine collection, Ottawa

Par une étrange coincidence, deux expositions Don McCullin : une rétrospective et Collision – le conflit et ses conséquences présentées au Musée des beaux-arts du Canada, ainsi qu’un film Dans un océan d’images primé au récent Festival international du Film sur l’Art (FIFA) prennent à témoin, en présentant un large éventail de pratiques, l’image photographique dans sa représentation de la guerre et des conflits sociaux. Plus que jamais, écrit Susan Sontag, « les guerres, à présent, sont aussi le spectacle son et lumière de nos salons1. »

Don McCullin : une rétrospective. La rétrospective consacrée aux travaux de Donald McCullin fait le tour d’une carrière de reporter qui a couvert tous les conflits sociaux au Royaume-Uni depuis les années 1950 et toutes les guerres des années 1960 à 1980. Ses images du Vietnam, du Cambodge, de l’Ulster, du Liban ainsi que de la famine au Biafra et des inondations au Bengladesh appartiennent à un temps où ces images de l’horreur en direct dans toute sa brutale crudité n’étaient pas légion et où les reporters, notamment au Viêtnam, étaient laissés libres de se déplacer sur le théâtre des opérations et de travailler selon leur champs d’intérêts.

À cet égard, McCullin partage la vie des combattants et s’identifie à eux. « I lived like an animal. I didn’t wash. I ate what I could. I slept where I could. I sponged food off of soldiers who were only too pleased to give it to you to start off a fresh conversation. And I started becoming much more akin to the soldiers2», déclare-t-il à propos de son expérience lors de l’offensive du Têt, à Hué. L’engagement résultant de cette proximité de tous les instants est celui d’un observateur àl’affût, prêt à mettre en jeu dans l’instant ses perceptions et ses partis pris. Ainsi les photographies de McCullin nous plongent au coeur de l’instant chaotique. Son regard cru, cruel et percutant ne nous épargne aucun détail aussi scabreux soit-il afin de montrer dans toute son horreur le quotidien d’une guerre et les stigmates de la famine. Dans l’espoir de soulever l’indignation et de provoquer une prise de conscience.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

Pierre Dessureault est historien de la photographie et commissaire indépendant. Il a organisé de nombreuses expositions et publié un grand nombre de catalogues et d’articles sur la photographie actuelle. Il a dirigé l’ouvrage Nordicité publié en 2010 aux Éditions J’ai VU et regroupant un ensemble de photographies d’artistes québécois, canadiens et d’Europe du Nord et d’essais de spécialistes de l’histoire de l’art et des sciences humaines.

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