John Gossage, Le livre photographique : considérations sur quelques projets récents – Alexis Desgagnés

John Gossage, Eva’s Book/Berlin in Pictures, Super Labo, 2012

John Gossage, Eva’s Book/Berlin in Pictures, Super Labo, 2012

S’il est un secteur de l’édition qui semble échapper à la crise de l’imprimé engendrée par l’essor de l’édition numérique, c’est bien celui du livre photographique. La multiplication actuelle des publications de ce type est telle qu’il paraît légitime de croire qu’elles supplanteront éventuellement l’exposition comme principal moyen de diffusion et, surtout, de création de la photographie. Démocratique et protéiforme, le livre photographique a en effet permis l’ouverture d’une brèche au sein des instances traditionnelles de consécration du médium. En marge des galeries, des musées et des magazines, le livre apparaît désormais pour un nombre croissant de créateurs et d’adeptes comme étant un champ distinct de la discipline, une « forme d’art autonome »1, comportant ses propres institutions, ses publics et ses communautés d’intérêts.

Amorcée au tournant du XXIe siècle avec la publication des premiers ouvrages de référence portant sur le sujet2, l’autonomisation du champ du livre photographique est grandement imputable à la parution, en 2004 et en 2006, des deux volumes de The Photobook: A History3. Fort de l’expertise indéniable des auteurs – le photographe Martin Parr et le critique Gerry Badger –, l’ouvrage recense les livres photographiques qui constituent, selon ces spécialistes, des contributions marquantes de cette histoire parallèle de la photographie : du Pencil of Nature de Talbot au Fauna de Fontcuberta, en passant par les livres d’artistes d’Ed Ruscha ou encore d’Hans- Peter Feldmann. Fournissant au champ du livre photographique des assises historiques suffisamment solides pour fonder un nouveau territoire d’investigation, le panorama international proposé par Parr et Badger a ouvert la voie a` d’autres publications abordant la question du point de vue national ou stylistique,4. Si la publication de ces ouvrages, témoigne de l’existence d’un lectorat suffisamment considérable pour la justifier, leur efflorescence atteste principalement de la nécessité éprouvée par les acteurs de ce champ de puiser dans l’histoire les ressources pour légitimer la contemporanéité du livre photographique en tant que forme d’art.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

Alexis Desgagnés vit et travaille à Québec. Ses recherches abordent dialectiquement la théorie et la pratique de la photographie. Collaborateur régulier du magazine Ciel variable à titre d’auteur, son travail photographique a été montré à l’OEil de poisson (Québec) et à Regart (Lévis), ainsi que dans divers magazines. Alexis Desgagnés est chargé de cours à l’Université de Montréal et à l’Université Laval, ainsi que directeur artistique à VU, centre de diffusion et de production de la photographie.

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