Paul Wombell, Drone: L’image automatisée – Jacques Doyon

[Automne 2013]

Elina Brotherus, Le Chemin, 2011, from the series / de la série 12 ans après (1999–2012), pigment ink prints on Fine Art Baryta rag paper / épreuve à jet d’encre à pigments sur papier chiffon baryté beaux-arts, 90 x 120 cm, courtesy of the artist / permission de l’artiste

Elina Brotherus, Le Chemin, 2011, from the series / de la série 12 ans après (1999–2012), pigment ink prints on Fine Art Baryta rag paper / épreuve à jet d’encre à pigments sur papier chiffon baryté beaux-arts, 90 x 120 cm, courtesy of the artist / permission de l’artiste

Paul Wombell est commissaire indépendant et il écrit sur la photographie. Il vit à Londres (Royaume-Uni). Il a été directeur d’Impressions Gallery, à York (1986–1994), directeur de The Photographers’ Gallery, à Londres (1994–2005) et directeur du Hereford Photography Festival (2006–2007). Depuis 2007, il a été commissaire des expositions pour le festival annuel de photographie PhotoEspana, à Madrid, et pour FotoGrafia Festival Internazionale di Roma, à Rome. Il collabore régulièrement à des publications internationales de photographie et a publié neuf livres sur cette discipline. Il est actuellement directeur artistique de la nouvelle mission photographique sur le paysage francais, qui fera l’objet d’une exposition et d’une publication en 2014.

Jacques Doyon : Vous avez développé le thème du prochain Mois de la photo à Montréal autour du titre Drone : l’image automatisée, et vous avez écrit : « L’appareil photographique est un instrument sophistiqué qui possède ses propres lois et sa propre capacité d’intention et d’action » et « Les artistes soulèvent une question importante, à savoir : les appareils photographiques ont-ils une vie en soi ? » Pouvez-vous nous en dire davantage sur les conséquences de ces énoncés ? Comme les appareils photographiques demeurent des outils, vous semblez faire allusion à une intention (des intentions multiples) déterminant les réglages de leurs fonctions automatisées.
Paul Wombell : L’appareil photographique résulte d’un amalgame entre différents éléments technologiques qui ont migré ensemble au fil du temps. Le principe de la caméra peut sembler stable, mais il a évolué sans cesse avec les années. Il a connu des matériaux différents, des utilisations différentes et des facons différentes d’enregistrer le temps et la lumière dans des formes miniaturisées bidimensionnelles. Certains des éléments de l’appareil remontent à trois mille ans. La première lentille, la Nimrud, fabriquée au moyen d’un bloc de cristal de roche, a été découverte à Nimrud, en Iraq, vers le milieu du XIXe siècle et est datée du 750–710 avant notre ère. Le scientifique musulman Ibn al-Haytham, dans Traité d’optique, écrit entre 1011 et 1021, a décrit la chambre noire. Vers la fin du XVIe siècle, Giambattista della Porta l’a perfectionnée en lui ajoutant une lentille convexe qu’il comparait à l’oeil humain. Ces éléments constituent la base de l’appareil photographique tel qu’on le connaît aujourd’hui.

L’appareil photo est donc bien plus qu’un outil, il s’agit d’un instrument complexe au riche passé à l’évolution duquel des milliers de gens, connus et inconnus, ont pris part. Aujourd’hui, l’appareil photonumérique moyen compte six cents composantes différentes faites de divers matériaux et fabriquées en plusieurs endroits du monde. On pourrait dire que l’appareil photographique incarne l’histoire de l’humanité. Il prolonge les capacités du corps humain, par exemple de la vision et la mémoire, mais dégage également un champ de possibilités pour l’imagination. Pensez au roman Crash de J.G. Ballard, qui décrit les effets psychologiques d’un accident d’automobile. La relation symbiotique du corps humain et de la machine a cependant des implications plus vastes. Sherry Turkle, professeure au MIT, a écrit que l’ordinateur n’est pas un outil, mais qu’il constitue une partie intégrante de nos vies sur le plan social et psychologique. Je pense que l’appareil photographique doit être envisagé de la même façon, comme étant pleinement intégré au corps humain.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]
 
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