Luc Courchesne, Autour de L’invention de l’horizon – Jacques Doyon

[Hiver 2014]

Luc Courchesne, Lʼinvention de lʼhorizon, 2013, extraits de l’œuvre interactive / excerpts of interactive work, photographie sphérique depuis le sommet du mont Buet / spherical photograph taken from the summit of the Buet ; vue circulaire des montagnes qu’on découvre du sommet du glacier de Buet (1776), imaginée par horace­Bénédict de Saussure et dessinée par marc­théodore Bourrit en / conceived by horace­Bénédict de Saussure and drawn by marc­théodore Bourrit in 1776

Luc Courchesne, Lʼinvention de lʼhorizon, 2013, extraits de l’œuvre interactive / excerpts of interactive work, photographie sphérique depuis le sommet du mont Buet / spherical photograph taken from the summit of the Buet ; vue circulaire des montagnes qu’on découvre du sommet du glacier de Buet (1776), imaginée par Horace­ Bénédict de Saussure et dessinée par Marc­ Théodore Bourrit en / conceived by Horace­ Benedict de Saussure and drawn by Marc ­Theodore Bourrit in 1776

Luc Courchesne est un pionnier des arts numériques. Des portraits interactifs aux systèmes d’expérience immersive, il a créé des œuvres innovantes et engageantes qui lui ont mérité des récompenses prestigieuses comme le Grand Prix de la Biennale de l’ICC à Tokyo en 1997, l’Award of Distinction d’Ars Electronica à Linz en Autriche en 1999. Ses œuvres font partie des grandes collections dont celles du ZKM|Karlsruhe et ont fait l’objet d’une centaine d’exposition à travers le monde, notamment au Museum of Modern Art à New York. Il est directeur de la recherche à la Société des arts technologiques (SAT), professeur honoraire à l’Université de Montréal et membre de l’Académie royale des arts du Canada. Luc Courchesne est représenté par la galerie Pierre-François Ouellette Art Contemporain.

Jacques Doyon : Dans le cadre de la campagne de financement Sitegeist organisée par Ciel variable, tu as produit une œuvre intitulée L’invention de l’horizon qui repose sur un dessin que tu as découvert il y a une dizaine d’années et dans lequel tu as reconnu une forte affinité avec tes propres recherches. Peux-tu nous décrire ce qui s’est ainsi tramé dans cette œuvre et la forme sous laquelle elle s’est finalement concrétisée ?
Luc Courchesne : C’est après la création du panorama vidéo interactif Paysage no. 1 (1997) que j’ai entrepris un projet de recherche sur la simplification du tournage et de la présentation d’œuvres immersives. Mon hypothèse était de remplacer l’encombrant dispositif constitué de quatre caméras synchronisées, utilisé pour le tournage, par un dispositif utilisant une seule caméra. Après plusieurs tentatives, j’ai pu réaliser à l’été 1998 une preuve de concept réussie utilisant une pyramide miroir qui renvoyait les quatre portions d’un horizon reproduit dans son intégralité à une caméra placée au-dessous. Pour projeter l’image, il suffisait de remplacer la caméra par un projecteur et de placer le dispositif projecteur-miroir au centre d’un écran cylindrique. Alors que j’entreprenais des démarches pour fabriquer un miroir pyramidal de qualité optique, j’ai fait la découverte des travaux du professeur Nayar de l’Université Columbia à New York qui avait mis au point un miroir catadioptrique (conico-sphérique) qui, attaché à une caméra de surveillance, reproduisait l’entièreté de l’espace environnant. C’est à la vue de cette anamorphose circulaire que j’eu l’idée de remplacer l’écran cylindrique par un dôme inversé sur lequel serait restaurée la cohérence visuelle de l’espace pour un observateur se tenant au centre. En suivant la trace de ce professeur, j’ai découvert l’existence de la compagnie Cyclovision Technologies, qui avait entrepris de fabriquer et de commercialiser sous licence la technologie du professeur Nayar. J’ai pu ainsi mettre la main sur un premier exemplaire de l’optique à l’automne 1999 et, avec l’aide de l’ingénieur Trubko de la compagnie, j’ai pu l’adapter aux nouvelles caméras vidéo HD qui faisaient leur apparition au même moment. Le premier prototype du Panoscope, un dispositif de projection immersive monocanal, a été présenté publiquement pour la première fois en juillet 2000 au Siggraph qui se tenait à la Nouvelle-Orléans.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

Jacques Doyon est rédacteur en chef et directeur de la revue Ciel variable depuis 2000.

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