Patrick Dionne et Miki Gingras, Identité Centre-Sud – Pierre Rannou, Au-delà d’un quartier, une collectivité

Identité Centre-Sud (détail), 2012, impression jet d’encre / inkjet print

Identité Centre-Sud (détail), 2012, impression jet d’encre / inkjet print

Tout en mettant sur pied l’organisme Diasol en 2002 et le collectif de production mexico-québécois FueralDFoco en 2007, Patrick Dionne et Miki Gingras, qui travaillent en duo depuis 1999, réalisent des projets photographiques aussi bien au Nicaragua et au Mexique qu’au Québec. Loin de la figure des chasseurs d’images et des grands reporters, ils apparaissent plutôt comme des pédagogues de l’image photographique. Leurs interventions visent autant la documentation du monde contemporain que l’enseignement des rudiments de la photographie. Ainsi, si certains projets du duo, comme Humanidad et Mémoire, s’articulent autour de la formation de sténopistes, à qui on montre aussi bien la fabrication d’appareils de fortune que la prise de vue, afin qu’ils documentent leurs milieux de vie, d’autres donnent plutôt l’occasion à Dionne et Gingras de produire des portraits marqués par leur intérêt pour les questions politiques, sociales et culturelles. En 2009, ils se sont donc lancés dans un immense chantier visant à mettre en question la figure des différents quartiers de la ville de Montréal. Intitulé Identité, le projet a pris naissance au cœur de Montréal-Nord, avant de se transporter du côté de Notre-Dame-de-Grâce, puis de Côte-des-Neiges. Deux ans plus tard, les deux photographes se tournaient vers le quartier Centre-Sud.

Dans chacun des quartiers, les deux photographes ont voulu produire un portrait collectif sous forme de fresque. Dans Centre-Sud, 350 citoyens ont répondu à l’invitation et été mis à contribution pour la construction de l’image, alors qu’on leur déléguait la responsabilité de choisir aussi bien la pose que les accessoires avec lesquels ils voulaient être représentés. Au-delà de la simple possibilité donnée aux participants de se mettre en valeur, car il est évident que Dionne et Gingras ont pris le parti de photographier des individus et non une masse anonyme, il s’agissait de leur faire réaliser qu’ils allaient ainsi se dévoiler, en rendant visible ce qui les constitue en propre, mais aussi révéler leur relation aux autres habitants de ce coin de la ville.

Portfolio publié avec un texte inédit de Pierre Rannou.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

Critique et historien de l’art, Pierre Rannou agit à titre de commissaire d’exposition. Il a publié quelques essais, participé à des ouvrages collectifs, rédigé plusieurs opuscules d’exposition et collaboré à différentes revues. Il enseigne au département de cinéma et communication et au département d’histoire de l’art du collège Édouard-Montpetit.

Depuis 1999, Patrick Dionne et Miki Gingras créent conjointement des oeuvres photographiques qui présentent des réalités sociales. Ils réalisent leurs projets au Québec et en Amérique latine. Ils ont reçu un prix à Medellin, Colombie pour Humanidad, les enfants travailleurs du Nicaragua lors du 18e Concours latino- américain de photographie. Depuis 2009, ils réalisent des murales photographiques sur le thème de l’identité avec la population dans différents secteurs de la ville de Montréal. Ils ont de nombreuses expositions à leur actif au Québec, au Canada et en Amérique latine. Patrick Dionne et Miki Gingras vivent et travaillent à Montréal. http://patmiki.blogspot.ca

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