Stephen Gill, Pigeons – Iain Sinclair, Pêcher sous un pont

Stephen Gill, de la série Pigeons, 2012

Stephen Gill, de la série Pigeons, 2012

Nos expéditions commencent généralement à l’aube. Cette fois, m’expliqua Stephen, il était préférable d’attendre que l’heure de pointe ait diminué en intensité. Je m’assis sur les marches de l’église et attendis, admirant une procession d’interventions sculpturales rouge vif, arrêtées suffisamment longtemps au feu rouge pour accrocher un œil observateur : les nouveaux bus panoramiques Stagecoach, affichant la mention HORS SERVICE. Immobilisé sous le pont ferroviaire, frissonnant légèrement comme des chevaux de course trop racés, ce convoi de cardinaux écarlates se prélassait au soleil automnal. Et dans leur aura de trajet onéreux.

C’était bon d’être en vie et d’arpenter les rues à nouveau. D’être lancé dans une nouvelle aventure. Au cours des dernières années, notre partie de la ville avait cessé de ressembler à un livre de bibliothèque au rebut, rempli de faits obscurs et d’hommages allusifs à des écrivains décédés, pour devenir une galerie extérieure où les strates de graffiti se recouvraient continuellement sur un mode cannibale. Ici, une affiche nous invitant à éradiquer la pauvreté avait été embellie par l’ajout d’une représentation à l’aérosol d’un sans-abri orwellien grandeur nature, recroquevillé sur le trottoir. L’affiche recouvrait une porte condamnée. « J’adore ce bleu, sa disparition progressive. » L’art de Stephen – et je le considère comme une ressource majeure, un maître dans le domaine – est centré sur l’amour. Traduit par Emmanuelle Bouet. 

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]
 
Stephen Gill est né à Bristol, en Grande-Bretagne, en 1971 et s’intéresse à la photographie depuis son enfance. Son travail a été exposé et acquis par des galeries et musées partout dans
le monde, notamment la National Portrait Gallery de Londres, le Tate,
 le Victoria and Albert Museum et 
The Photographer’s Gallery. Il a fait l’objet d’expositions individuelles dans des festivals comme Les rencontres d’Arles, le Toronto Photography Festival et PHotoEspaña. Gill est également reconnu pour ses nombreux livres de photos publiés à compte d’auteur dont Invisible, Hackney Wick, Archaeology in Reverse, Hackney Flowers, Buried, Coming Up for Air, A Book of Birds, Coexistence
 et Best before End. Le FOAM Fotografiemuseum Amsterdam lui a consacré une importante exposition en 2013.
 La série Pigeons a fait récemment l’objet d’une publication chez Nobody Books. www.nobodybooks.com www.stephengill.co.uk

Iain Sinclair vit dans le quartier de Hackney, à Londres, depuis 1969. Il a notamment publié Downriver, Lights out for the Territory, London Orbital et Edge of the Orison. Parmi ses livres les plus récents figurent Hackney, That Rose-Red Empire et Ghost Milk.

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