Normand Rajotte, Le chantier – Caroline Loncol Daigneault, Dans l’œil du castor

Normand Rajotte, de la série Le chantier, 2014

Normand Rajotte, de la série Le chantier, 2014

Le chantier s’ouvre. Par taches et par traits – verts, taupe, orangés – une forêt humide luit. Devant, trois troncs noirs. En plein centre, l’un d’eux, entamé à la base, montre de la chair jaune, rongée à vif. Il dissimule en partie un amas de branches qui, rayonnant, forme la clef, le soleil de l’image. Suivent d’autres photographies. Un boisé où l’on avance dans une eau neigeuse; une composition fendue par une rigole; des rameaux blanchis qui flottent sur fond noir. Du pesant, de l’angulaire, du moelleux, du foisonnant, du lustré, du volatil. Des phénomènes qui dérivent d’un point névralgique : un barrage de castors.

Mais revenons en arrière. Voilà trente ans que Normand Rajotte observe d’un œil attentif la nature, et près de vingt ans qu’il serpente à l’intérieur des plis et replis de cette même forêt. Délaissant l’approche sociale adoptée au cours des années 1970 – avec notamment Transcanadienne sortie 109, essai photo sur le quotidien d’une ville ouvrière –, l’artiste acquiert en 1997 une terre en Estrie qui devient son territoire privilégié d’investigation.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

Originaire de Drummondville, Normand Rajotte vit et travaille à Montréal. Coauteur de l’essai photographique Transcanadienne sortie 109, publié aux Éditions Ovo en 1978, il a, depuis les années 1980, tourné sa pratique vers une intériorisation sensible de la nature et du paysage. Son travail a été présenté à plusieurs occasions en galeries ou lors d’événements, notamment le Mois de la Photo à Montréal 2011. En 2014, sa série Le chantier a été présentée au centre Street Level Photoworks de Glasgow. On trouve ses photographies dans les collections du Musée national des beaux-arts du Québec et du Musée des beaux-arts de Montréal. www.normandrajotte.com

Caroline Loncol Daigneault est auteure, commissaire et chercheuse. Son intérêt pour les questions environnementales a alimenté l’écriture d’un mémoire de maîtrise en études des arts (Université du Québec à Montréal, 2011). Dans la continuité de ces travaux, en 2013-2014, elle est invitée comme auteure-témoin par l’artiste chorégraphe Tedi Tafel ainsi que par le Centre d’artistes Vaste et Vague dans le cadre d’un projet avec les communautés locales micmaques. En 2012, elle était commissaire de la Biennale de sculpture de Saint-Jean-Port-Joli placée sous le thème de l’hospitalité, puis d’ELLE MARCHE blue mountain, une exposition de l’artiste Vida Simon.

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