Yoanis Menge, HAKAPIK – Mona Hakim, Casser l’image négative

[Automne 2016]
Yoanis Menge,
 Terre-Neuve, 2014, de la série / from the series HAKAPIK, épreuve argentique / gelatin silver print, 60 × 163 cm

Yoanis Menge,
 Terre-Neuve, 2014, de la série / from the series HAKAPIK, épreuve argentique / gelatin silver print, 60 × 163 cm

par Mona Hakim

[Extrait]
Hakapik n’est pas passée inaperçue lors de son passage à Occurrence1. Le sujet y était certainement pour quelque chose, s’agissant d’un reportage sur la chasse aux phoques vue sous la loupe de Yoanis Menge, jeune photographe madelinot qui s’est investi à part entière dans l’aventure auprès des groupes de chasseurs au large des régions côtières du Nord canadien. Rien à voir ici avec le reportage sensationnaliste et corrosif que ce sujet controversé peut commander. L’exposition, avec sa quarantaine de clichés noir et blanc, ses grands formats, ses vues panoramiques et ses personnages en action, aborde d’un point de vue pacifique et éclairé le quotidien de ces communautés isolées. Étalés généreusement sur les murs de la galerie, les clichés nous happent et nous touchent.

Initié à l’école du documentaire, stagiaire à l’agence Magnum sous l’égide de Josef Koudelka et Bruno Barbey, celui pour qui la photographie semble un outil social majeur n’en est pas à son premier reportage malgré son jeune âge. Après le Salvador et le Mali, Menge a senti le besoin de revenir aux Îles de la Madeleine afin de s’impliquer dans l’activité de la chasse, résolu à casser l’image négative et trompeuse véhiculée par les lobbys anti-chasse qui prennent de plus en plus d’importance.

C’est donc en abordant la chasse de l’intérieur, à bord des chalutiers, jumelé aux membres de l’équipage et au plus près de leur activité coutumière, que ce photographe porté par un regard complice et respectueux a su donner une inflexion distinctive au projet. Un défi de taille pour celui qui se devait de composer sur le terrain avec la double posture du chasseur et du capteur d’images. Mers tantôt agitées, tantôt calmes, blocs de glace, embarcations, phoques harponnés, équipements de chasse, mais aussi cahutes, tablées et omniprésence de portraits individuels et collectifs constituent la trame de ce qui devient un journal de bord. Ici, l’accrochage des photographies par groupes et par superposition permet d’éviter avec acuité l’effet de trop-plein en formant un corps homogène où chaque image, comme chacune de leurs combinaisons, dialogue avec l’autre, guidant nos déplacements dans la séquence des événements.

À cet égard, les procédés photographiques jouent également un rôle fondamental. Menge photographie ses sujets dans des cadrages serrés, des vues rapprochées, des plongées et des gros plans qui réduisent la profondeur de champ et propulsent expressément le visiteur au coeur de l’action. De même, ciel et mer tendent à se confondre, tandis que les lignes d’horizon à peine perceptibles basculent au gré du tangage des bateaux. Éclairage le plus souvent à contre-jour, haut contraste et clair-obscur soutenu ajoutent au caractère enveloppant des scènes que les tirages en noir et blanc
viennent appuyer. Sous l’effet de ces différents procédés, notre attention est amenée à s’attarder davantage sur l’expression des personnages, l’intensité de leurs gestes et la texture de leur environnement qu’accentue une lumière contrastante…

1 Du 17 mars au 23 avril 2016 à Occurrence, espace d’art et d’essai contemporains, Montréal.

 
[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine.]

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