Ami Barak, La photographie au-delà du témoignage – Claire Moeder

[Automne 2016]

[Extrait]
Ami Barak est le commissaire du prochain Mois de la Photo à Montréal, qui sera présenté en septembre 2017. Invité à concevoir une série d’expositions et d’activités consacrées à la photographie actuelle, il a placé cette édition sous le thème du document et de l’ambiguïté des images qui remet en question la possibilité de pouvoir encore être une capture objective du monde. Impliqué dans des programmes publics et des événements, de la Nuit Blanche à Paris jusqu’à celle de Toronto, commissaire d’exposition abordant de manière approfondie le travail de Taryn Simon ou de Douglas Gordon, enseignant, Ami Barak se définit comme « curateur ». Il défend l’exigence de celui qui prend soin des œuvres et des artistes et porte un regard approfondi et bienveillant sur des artistes établis autant que sur une génération de créateurs émergents. Il pré­voit concevoir à Montréal un ample programme d’expositions, croisant contexte international et local pour interroger notre rapport à la photographie à l’ère où l’image est omniprésente et démultipliée.

Pierre Huyghe, image tirée de / still from (Untitled) Human Mask, 2014
, film, couleur, stéréo, son, 2:66 / film, colour, stereo, sound, 2:66 19 minutes, permission / courtesy Pierre Huyghe, Hauser & Wirth et/and Anna Lena Films, Paris

Pierre Huyghe, image tirée de / still from (Untitled) Human Mask, 2014
, film, couleur, stéréo, son, 2:66 / film, colour, stereo, sound, 2:66 19 minutes, permission / courtesy Pierre Huyghe, Hauser & Wirth et/and Anna Lena Films, Paris

CM : Pour concevoir la prochaine édition du Mois de la Photo à Montréal, vous vous êtes intéressé aux images qui mettent en cause la définition du document et la question de la véracité face à ce que nous regardons. Comment avez-vous déterminé cette approche ?

AB : Cette approche de la photographie est d’abord une constante pour moi. Elle se poursuit depuis les premières expositions que j’ai réalisées au début des années 1990, mettant en parallèle l’école de Düsseldorf et des Becher, avec les protagonistes Thomas Ruff, Thomas Struth et Andreas Gursky, d’un côté, et l’école de Vancouver constituée des artistes Jeff Wall, Rodney Graham et Ken Lum, de l’autre. Ces deux approches sont dites objectivistes parce qu’elles se fondaient sur une recherche d’objectivité.

Les expositions qui seront présentées dans le cadre du Mois de la Photo à Montréal ne démentiront pas cette approche et ces partis pris et s’inscriront dans la continuité de mon parcours. Par le passé, j’ai réalisé de nombreuses expositions qui ont utilisé l’image comme matière de prédilection, davantage que tout autre chose. À Montréal, mon intention est d’affirmer une subjectivité et une signature d’exposition particulières par l’intermédiaire de l’exposition thématique. J’ai, à ce propos, insisté pour mettre en place un événement davantage articulé comme une seule exposition de groupe que comme une suite d’expositions individuelles, et que je définis comme une exposition de tête. Ce qui m’intéresse est de défendre un thème par un déploiement plus articulé où les oeuvres qui vont se côtoyer vont dialoguer entre elles et se faire écho pour étayer les idées et les mettre en évidence.

CM : Est-ce que cette approche de la photographie placée sous le signe de l’objectivisme et que vous avez abordée auparavant peut encore se poursuivre aujourd’hui ?

AB : Je n’ai pas modifié mon rapport à la photographie bien que la photographie, elle, ait changé de cap de manière constante. Historiquement, l’objectivité a été mise en défaut à la suite de l’école de Düsseldorf. Il y a eu des changements radicaux liés à l’évolution du statut de l’image et du médium en lui-même. Le numérique a créé un vrai séisme : l’image est dorénavant partout et nulle part…

[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine.]

 
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