Geneviève Chevalier, Mon boisé, phase II – John K. Grande, Mon boisé, ou celui des promoteurs ?

[Printemps/Été 2016]
Geneviève Chevalier,
 <em>... & l’enchantement</em>, 2014-2015, impression sur film translucide / print on translucent film

Geneviève Chevalier, 
… & l’enchantement, 2014-2015, impression sur film translucide / print on translucent film

[Extrait]
Si la nature est longtemps apparue comme l’arrière-plan permanent et inépuisable de toutes nos activités, l’ampleur de nos interventions remet aujourd’hui en cause ce stéréotype. Partout, le paysage bâti infiltre les milieux naturels. Nous sommes entrés dans ce que nous appelons aujourd’hui l’anthropocène, une ère marquée, comme jamais auparavant, par l’action et l’impact de l’humanité sur le climat et l’environnement. L’exposition montréalaise de Geneviève Chevalier, Mon boisé, phase II, emprunte la forme d’une présentation de projet immobilier, mais dans une troublante parodie où la nature se trouve sur un pied d’égalité avec les promoteurs omniprésents. L’artiste examine les interventions humaines discutables à la limite des villes, dans des lieux et des parcs d’importance historique, voire – comme dans le cas de l’île de Montréal – dans des banlieues nouvellement construites. La promotion immobilière empiète sur des réserves naturelles théoriquement intouchées et des espaces verts au sein de l’environnement urbain.

Au Québec, le cas de Sillery est un exemple éloquent. Chevalier en a fait le point central de son exposition Mon boisé, phase I, présentée à Québec par La Chambre Blanche à l’occasion de la Manif d’art en 2014. Ce premier volet abordait également la question d’un projet immobilier dans un lieu patrimonial et dans une réserve naturelle, en l’occurrence le boisé Woodfield, situé dans le quartier historique de Sillery, adjacent au cimetière Saint-Patrick. Sillery fut colonisé sous le régime français, et cette zone boisée comptait des arbres vieux de trois cents ans… jusqu’en 2015. Malgré les protestations des scientifiques, des écologistes et des résidents, le gouvernement provincial approuva finalement un projet de construction dans le boisé Woodfield. Le magnifique quartier historique de Sillery, qui mène au Vieux-Québec, subit désormais les assauts des promoteurs, comme en témoignent les photographies de Chevalier montrant des immeubles en construction. Lors de l’exposition à Québec, une entrevue enregistrée avec Marilou Alarie abordait également la question de l’empiètement sur des sites naturels « pour la vue » ou pour l’accès à la nature, cette fois dans le cadre d’un projet immobilier dans la forêt des Hirondelles, près de Saint-Bruno-de-Montarville.

Les photographies de Mon boisé, phase II sont présentées à la maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce dans un format accessible, à échelle humaine. Il n’y a pas de barrière perceptible entre nous, les visiteurs, et la forêt que Chevalier nous montre. Sa série sur panneaux lumineux rappelle le format d’une campagne publicitaire, mais le langage visuel est celui de notre quotidien. Il est neutre, sans emphase, presque insignifiant. Une autre série de photos au format plus modeste nous invite à la promenade, comme si nous étions vraiment dans la forêt, malgré la présence de panneaux ici et là. Des panneaux dans la nature ! Quelle anomalie et quel signe des temps ! …

[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine.]

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