Jessica Eaton, La couleur est un verbe – James D. Campbell

[Hiver 2017]

Jessica Eaton, Georgia 01 (Georgia O’Keeffe, Pelvis Series – Red With Yellow, 1945), from the series / de la série Pictures for Women, 2016 inkjet prints / impressions au jet d’encre, pigment ink / encre pigmentée, 64 × 51 cm

Jessica Eaton, Georgia 01 (Georgia O’Keeffe, Pelvis Series – Red With Yellow, 1945), from the series / de la série Pictures for Women, 2016 inkjet prints / impressions au jet d’encre, pigment ink / encre pigmentée, 64 × 51 cm

par James D. Campbell

[Extrait]
Depuis quelque temps déjà, Jessica Eaton, étoile montante de la photographie, explore la notion de « couleur en tant que verbe », et ce, avec une verve, une intensité et un abandon thématique rares. Avec ses récentes séries d’oeuvres étroitement imbriquées, réunies à la Galerie Antoine Ertaskiran, à Montréal, sous le titre fort judicieux de Transmutations1, Eaton, qui était déjà reconnue comme une spécialiste de la théorie de la couleur, confirme sa connaissance phénoménale des formes que prend celle-ci dans le spectre du visible, ainsi que l’aisance avec laquelle elle sait jouer avec ses multiples variations. Elle saisit avec brio l’instant où l’effet visuel est le plus prononcé, et la vivacité de la gamme chromatique dans son travail connaît peu d’équivalents ou d’antécédents. Son degré d’invention formelle est remarquable et le résultat, grisant.

Munie de son appareil grand format, Eaton s’est mise en quête de nouvelles révélations sur la couleur, élaborant ainsi une oeuvre unique et envoûtante. Sans avoir recours au moindre artifice numérique, cette artiste d’une ingéniosité remarquable interroge le médium même de la photographie, déconstruisant ses principes et sa structure, et ramenant de la marge, où on les avait autrefois complaisamment reléguées, des possibilités jusqu’ici inexploitées.

Dans sa récente exposition à la Galerie Antoine Ertaskiran, Eaton proposait une sélection captivante d’oeuvres tirées de trois nouvelles séries témoignant chacune de sa propre démarche redoutablement heuristique. La méthodologie d’Eaton, qui procède par tâtonnements, est intrinsèquement expérientielle et intuitive. La première série, Pictures for Women, rend un hommage émouvant et hypnotique à des femmes artistes au moyen de dispositifs cinétiques et de techniques photographiques expérimentales particulières à Eaton. Les images de la série Revolutions sont également mises en scène sur un mode cinétique devant un fond noir : les couleurs émergent de motifs de gammes des gris affinés par la photographe grâce à son procédé de séparation des couleurs. Enfin, Transition reprend brillamment le principe de sa série Cubes for Albers and LeWitt (cfaal) en faisant de nouveau appel à la synthèse additive des couleurs et à des expositions multiples décalées afin de produire des figures géométriques encore plus complexes, éclatantes et saturées.

Le point fort de l’exposition était la sélection tirée de la remarquable série Pictures for Women. Eaton sélectionne ici le punctum d’une oeuvre d’une artiste qui lui parle tout particulièrement et, au gré de manoeuvres techniques des plus exigeantes, elle en distille en quelque sorte l’essence chromatique…

1 Exposition présentée du 21 septembre au 29 octobre 2016.

 
[Suite de l’article dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente partout au Canada jusqu’au 26 mai 2017 et sur notre boutique en ligne.]
 
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