Joan Fontcuberta, Problématiques discursives de la post-photographie – Christine Palmiéri

[Automne 2015]

Faisant suite à une première entrevue avec Joan Fontcuberta publiée en ces pages en 2013 (CV 93), Ciel variable profite de la tenue de la 14e édition du Mois de la Photo à Montréal, dont l’artiste catalan est le commissaire, pour reprendre un entretien de Christine Palmiéri initialement paru en décembre 2014 dans la revue numérique Archée (www.archee.qc.ca).

Joan Fontcuberta, Égoportrait, c2009-2015.

Joan Fontcuberta, Égoportrait, c2009-2015.

Un entretien de Christine Palmiéri

[Extrait]
Christine Palmiéri: Votre parcours est ponctué autant d’expositions de votre travail et de recherches théoriques sur la photographie que de commissariats d’expositions internationales. Ce n’est donc pas nouveau pour vous d’être commissaire d’une exposition ?
Joan Fontcuberta : J’ai consacré beaucoup de temps à faire du commissariat car c’est toujours en rapport avec mon travail, mais je me considère comme un commissaire amateur. Cette fonction me plaît car c’est une façon de réfléchir sur une problématique qui m’intéresse. Dans mon travail je ne vois pas de différence entre un projet de création personnel et un projet de commissariat parce que les concepts et les horizons se rejoignent.

C.P. : Il faut cependant composer avec d’autres imaginaires.
J.F. : Tout à fait, mais de toutes les façons cette question du déploiement d’un discours se fait par les choix et les décisions qui génèrent des combinaisons de propos.

C.P. : Le concept de post-photographie s’inscrit dans un concept plus large : celui de posthistoire qui prolonge celui de postmodernité. Ce préfixe post laisse sous-entendre que l’on se situe au bord de quelque chose qui s’achève ou au contraire à l’orée de quelque chose de nouveau qui commence.
J.F. : Je dois dire que je ne suis pas très à l’aise avec le terme post- qui fait, en effet, référence à la fin. Ce serait comme dire adieu à la photographie. Par contre, je pense que cela permet d’ouvrir une porte pour entrer ou partir. Ce qui est important c’est l’aspect positif envisagé à partir de ce départ. L’idée centrale c’est que la photographie est un moyen d’expression, de représentation, de médiation avec le monde. Elle est née dans un moment historique, au XIXe siècle, moment de climatologie et d’idéologie particulier avec les débuts de la révolution industrielle et technocratique. Aujourd’hui, on est dans un autre moment historique bien différent, car même si on utilise les mêmes outils comme l’appareil photo avec ses lentilles, la charge des valeurs idéologiques de l’image telles que les concepts de mémoire, de vérité, d’identité est partagée avec d’autres intérêts. La photographie est entrée dans un circuit de communication plus quotidien, on l’envoie puis on l’efface. Elle est entrée dans un espace conversationnel. On l’utilise comme un élément de connectivité avec les autres. On ne lui attribue plus de devoir de mémoire comme ce fut le cas de la photographie traditionnelle pour laquelle se développait l’obsession de la vérité…

[Suite de l’article dans les versions imprimée et numérique du magazine.]

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