12e édition de la Biennale de La Havane – Érika Nimis

[Hiver 2016]
Han Sungpil, Illusionary Pagoda, 2012, impression au jet d'encre qualité archives sur papier coréen, 240 x 300 cm

Han Sungpil, Illusionary Pagoda, 2012, impression au jet d’encre qualité archives sur papier coréen, 240 x 300 cm

« Entre l’idée et l’expérience »
La Havane, Cuba
Du 22 mai au 22 juin 2015

par Érika Nimis

[Extrait]
Évoquer la Biennale de La Havane et son rayonnement, c’est forcément faire un retour sur sa singularité, qui est liée à l’histoire même de Cuba. Avec un niveau d’éducation parmi les plus élevés au monde, Cuba est un terreau fertile pour la création sous toutes ses formes. Ainsi, bien que sous embargo économique américain depuis plus d’un demi-siècle, l’« île révolutionnaire » n’a jamais faibli en matière de vitalité intellectuelle et artistique. Dédiée à l’origine1 aux pays dits du « tiers-monde » (Amérique latine, Afrique et Asie), la Biennale de La Havane acquiert sa pleine maturité trente ans après sa création. 2015 est une année particulière à bien des égards, marquée par le réchauffement diplomatique avec les États-Unis, perceptible à travers l’effervescence qui entoure cette douzième édition où se bousculent les simples curieux qui veulent assister à ce tournant historique, mais aussi les galeristes, collectionneurs et marchands d’art venus en grand nombre cette année. À noter au passage la participation des artistes montréalais 2boys.tv, Alexis O’Hara et Stéphane Gilot, mais aussi de commissaires comme Ximena Holuigue, invitée par le RCAAQ et le Conseil des arts de Montréal dans le cadre du projet Montréal–La Havane pour une résidence de commissariat au centre Wifredo Lam, QG de la Biennale.

Cette édition « historique », par ailleurs, ne se fait pas sans heurt. L’artiste Tania Bruguera l’a appris à ses dépens, en voulant organiser un grand rassemblement place de la Révolution le 30 décembre dernier, #YoTambienExijo, pour définir sur un mode spontané et collectif la nouvelle nation cubaine, ce qui lui a valu le retrait de son passeport, autrement dit une interdiction de quitter le territoire2. Certes, la censure est toujours présente et se traduit notamment par un accès difficile à Internet et aux informations venues de l’extérieur, sur une île aux prises à la fois avec l’embargo et le contrôle étroit de l’État. Toutefois les choses bougent aussi de ce côté et la nouvelle génération invente des stratégies pour contourner les interdits. Sur le Malecón, célèbre avenue du front de mer, les oeuvres d’art ont envahi les trottoirs, très populaires, comme cette sculpture représentant un « Like » géant de Facebook, constitué de matériaux provenant d’antennes paraboliques, en principe interdites sur l’île sous peine d’emprisonnement…

1 La première édition a eu lieu en 1984, en pleine guerre froide.

 
[Suite de l’article dans les versions imprimée et numérique du magazine.]

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