Images à charge : la construction de la preuve par l’image – Érika Wicky

[Hiver 2016]
Susan Meiselas, Tombe A Sud, Koreme, nord de l'Irak, juin 1992. © Susan Meiselas, Magnum Photos

Susan Meiselas, Tombe A Sud, Koreme, nord de l’Irak, juin 1992. © Susan Meiselas, Magnum Photos

Le BAL, Paris
Du 4 juin au 30 août 2015

par Érika Wicky

[Extrait]
Présentée comme la première exposition du BAL « sans œuvres ni artistes », Images à charge : la construction de la preuve par l’image offre une réflexion transhistorique très riche sur le pouvoir de conviction des images, qu’il s’agisse de photographies ou de films, en déclinant une série d’études de cas (de 1898 à nos jours). Elle s’ouvre sur une double disparition : celle des victimes de meurtres photographiées par Bertillon à la fin du XIXe siècle, mais aussi celle de la subjectivité du photographe, matée par le dispositif normatif élaboré par le criminologue. En standardisant la photographie des scènes de crime, la préfecture de police espérait alors déjouer les biais liés à la subjectivité de l’enquêteur et se doter d’outils réputés objectifs pour établir des preuves. C’est ainsi que la conception de l’objectivité photographique s’est élaborée à partir de l’effacement de la figure du photographe, dont l’exposition remplace les noms propres par ceux des inventeurs de dispositifs de prise de vue ou des analystes qui interprètent les images. Une série d’images, photographies de cadavres bordées de règles millimétrées, situe ainsi dans le domaine judiciaire l’origine du phénomène porté à la réflexion du public.

Si on en croit le plus grand expert en la matière, Sherlock Holmes (dans A Scandal in Bohemia, 1891, d’Arthur Conan Doyle), tout document accusateur, en particulier la correspondance, pouvait, au XIXe siècle, faire l’objet de falsifications et de copies tandis que seule la photographie demeurait incontestable aux yeux du sens commun, en dépit des tentatives répétées de produire des montages ou des fictions. On peut constater au BAL que cette qualité de la photographie n’a pas été seulement recherchée, elle a aussi été développée par ceux qui, comme Bertillon ou Richard Helmer (l’homme à l’origine de l’identification par superposition de portraits et de crânes), ont conçu des images soumises aux exigences de la preuve…

[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine.]

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