Julian Germain, The Future is Ours, Classroom Portraits – Johanna Mizgala, Entre le portrait et le documentaire

[Hiver 2016]
Julian Germain, 
Gambela Elementary School, Gambela, Welisso District, Ethiopia. Grade 1, Music, October 9th, 2009, de la série
 The Future is Ours, Classroom Portraits 2004–2015

Julian Germain, 
Gambela Elementary School, Gambela, Welisso District, Ethiopia. Grade 1, Music, October 9th, 2009, de la série
 The Future is Ours, Classroom Portraits 2004–2015

[Extrait]
Johanna Mizgala : Lorsque vous avez commencé à travailler sur la série Classroom Portraits il y a une douzaine d’années, l’envisagiez-vous déjà comme un projet à long terme ?

Julian Germain : Le projet a vu le jour dans le nord-est de l’Angleterre, où je réside. J’avais reçu à l’époque du financement pour photographier des classes dans six écoles spécifiques. Je me suis vite aperçu qu’il serait intéressant d’étendre le projet à d’autres écoles dans d’autres parties du pays, puisque cela permettrait en quelque sorte de brosser un portrait de la population. Par exemple, l’une des premières écoles du nord-est de l’Angleterre où j’ai travaillé se trouve à Washington, une ville dont la population est majoritairement blanche ; elle est située à environ cent kilomètres de Bradford, une grande ville avec beaucoup d’immigrants. J’ai rapidement constaté que les écoles reflètent ces réalités géographiques, ce qui nous offre un point de vue intéressant sur les différentes régions du pays.

JM : Comment avez-vous décidé d’élargir votre projet pour y inclure les écoliers d’autres pays ?

JG : Ce sont d’abord les circonstances : j’étais invité à donner un atelier en Argentine en 2005, et je travaillais déjà sur un projet à long terme au Brésil. Je me suis dit que je devrais au moins essayer de faire des portraits d’écoliers dans ces deux pays pendant que j’étais là-bas. À vrai dire, je n’étais pas sûr qu’ils auraient la même résonance pour le public britannique (et leur impact est autre, effectivement) car les portraits précédents suscitaient chez les spectateurs de nombreuses comparaisons avec leur propre enfance. Je ne m’attendais pas nécessaire- ment à ce que cela se produise face à un environnement culturel tout à fait étranger. Mais si l’identification n’est certes pas la même, d’autres mécanismes s’installent, qui nous révèlent d’autres aspects. Il y a toujours des ressemblances et des différences quel que soit le lieu, mais j’aimais l’idée d’élargir le cadre et d’adopter une approche légèrement différente. Ensuite, j’ai simplement saisi les occasions à mesure qu’elles se présentaient. Cela s’est développé de manière un peu aléatoire au début, puis le British Council s’est impliqué dans le projet et m’a proposé d’aller visiter certains pays. La série s’est ainsi étoffée au fil des ans : ce n’était pas mon seul projet en cours, mais c’était toujours intéressant d’y travailler, alors j’ai continué.

JM : Je trouve ces portraits un peu troublants, sans doute parce que, malgré leur diversité, après un certain temps à considérer l’ensemble, nous sommes inévitablement portés à remarquer leurs similarités et leurs différences. Le facteur commun à toutes ces images est l’absence d’adultes et, bien sûr, le fait que ce ne sont pas des photos de classe traditionnelles, comme celles que l’on a pu prendre de nous ou de nos enfants. Individuellement, ces images semblent nous offrir une rare incursion dans l’univers de ces enfants, à leur niveau.

JG : L’appareil est à leur niveau, et ma démarche consiste toujours à photographier la classe en tant que groupe. Dans les photos de classe traditionnelles, on ne devine jamais vraiment à quoi ressemble l’école…

[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine.]

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