Denis Farley, Espaces aériens – Daniel Fiset, Photographies comme nuages

[Printemps-été 2017]

Denis Farley, Espace aérien, près du mont Orford, QC, 2014, épreuve au jet d’encre / inkjet print, 80 × 262 cm

Denis Farley, Espace aérien, près du mont Orford, QC, 2014, épreuve au jet d’encre / inkjet print, 80 × 262 cm

par Daniel Fiset

[Extrait]
Dès le 19e siècle, l’histoire de la photographie a fait la part belle au soleil, devenu la figure de prédilection de nombreux commentateurs et auteurs. Ainsi, Daguerre se vante d’avoir « contraint le soleil à peindre des images [pour lui]1 », Francis Wey publie une mise en récit de l’invention du daguerréotype intitulée Comment le soleil est devenu peintre et Baudelaire, dans Le public moderne de la photographie, ira jusqu’à traiter, non sans mépris, les photographes d’adorateurs du soleil. Mais qu’en est-il du nuage ? Lui qui bloque la lumière, difficile à capter, était-il voué à devenir ennemi public des photographes ? Devait-il rester l’apanage des peintres, qui en ont fait un motif de projection romantique ? Pourtant, des scientifiques – comme le Français Jean-Baptiste de Lamarck et le Britannique Luke Howard – se sont essayés à l’invention d’un système de classement des regroupements de nuages, au tout début du siècle. Il en était des nuages comme de tout ce qu’on a photographié dès le 19e siècle : trop insatisfait de laisser le temps (qu’il fait ou qui passe) disparaître, on a tenté de le fixer, de le catégoriser.

On peut donc dire des histoires temporellement croisées de la classification des nuages et de l’invention de la photographie qu’elles témoignent d’un désir assumé et assouvi d’ordre et de capture du fugitif, du fuyant, du furtif. Ces deux histoires se rencontrent à nouveau dans la série des Espaces aériens de Denis Farley, entamée il y a cinq ans et qui sera présentée dans le cadre d’expositions chez Plein sud et Expression au début de 2018. Les nuages avaient fait leur apparition dans plusieurs des œuvres de Farley ces dernières années. En 1995, dans un document de travail pour la série des Camera obscura, ils viennent se refléter dans la soucoupe d’un satellite, utilisé comme réceptacle pour la lumière. Dans une image des Paysages étalonnés, prise dans les Prairies en 2001 et faisant partie de la collection du Musée des beaux-arts de Montréal, les nuages arrondis contrastent avec l’horizon sévère du dernier tiers de l’image.

La série des Espaces aériens marque un point tournant dans l’esthétique de Farley, développée depuis les années 1980, à travailler majoritairement dans la documentation du paysage et de l’architecture. Peu à peu, dans cette série, l’artiste délaisse l’horizontalité de la composition pour tourner l’objectif vers le haut, laissant les couches de matière nuageuse dicter la composition et troubler la lecture unifiée…

1 Cité dans Éric Michaud, « Daguerre, un Prométhée chrétien », Études photographiques, no 2 (mai 1997). En ligne. https://etudesphotographiques.revues.org/126.

 
[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente partout au Canada jusqu’au 21 septembre 2017 et sur notre boutique en ligne.]

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