Elles Photographes, L’esprit de la photographie – Colette Tougas

[Printemps-été 2017]

Angela Grauerholz, Puits de lumière / Light Well, 2014, impression à jet d’encre / inkjet print, 103 × 154 cm. Collection d’art canadien du Musée des beaux-arts de Montréal / The Montreal Museum of Fine Arts.

Angela Grauerholz, Puits de lumière / Light Well, 2014, impression à jet d’encre / inkjet print, 103 × 154 cm. Collection d’art canadien du Musée des beaux-arts de Montréal / The Montreal Museum of Fine Arts.

par Colette Tougas

[Extrait]
Le Musée des beaux-arts de Montréal présentait, du 19 juillet 2016 au 19 février 2017, une exposition intitulée Elles photographes, décrite dans le communiqué comme un « écho féminin » à la rétrospective consacrée à Robert Mapplethorpe à l’automne 2016. Plus qu’un simple écho, cette présentation des œuvres de trente femmes photographes, en majorité des Canadiennes, brossait un portrait juste et solide de plus d’une génération d’artistes (nées entre 1936 et 1982), tant en matière de sujets, de préoccupations que de façons de faire. Sous le commissariat de Diane Charbonneau, conservatrice des arts décoratifs modernes et contemporains et de la photographie au MBAM, la sélection de quelque soixante-dix images était distribuée en sections – que j’ai librement identifiées – qui confèrent une cohérence certaine à l’ensemble : paysage, nature morte, environnement, portrait, autoportrait, autofiction, performance, documentaire, sérialité, quotidien, identité, sublime.

La plus ancienne des œuvres présentées est celle de Suzy Lake, Une simulation authentique no 2 (1974), qui représente de belle manière l’art du début des années 1970, proche de la performance, où le travail artistique reposait sur une démarche simple, répétitive, sur la réitération d’un motif, d’un geste, d’une idée. Ici, le point de départ est un autoportrait au naturel, en noir et blanc, qui est repris et « maquillé » de cinq façons, de manière à composer des expressions complètement différentes. Les autoportraits de Lake côtoient celui de Kiki Smith, un Sans titre de 1996, où l’artiste apparaît torse nu et le visage recouvert, semble-t-il, d’un masque d’argile qui s’apparente au deuxième portrait de Lake qui, lui, rappelle le masque neutre du mime. Sur le même mur se trouve une œuvre de Janieta Eyre, Red Like Meat (2002), un double autoportrait perturbant tant par son maquillage carnavalesque que par le sujet évoqué, soit un lien entre la viande et la chair humaine. À cette section s’ajoutent les neuf autoportraits acéphales de Shari Hatt, Breast Wishes (1996), où est graduellement dévoilé, dans un déploiement performatif et sériel similaire à celui de Lake, le résultat d’une chirurgie mammaire. En filigrane dans ces œuvres court la notion d’identité féminine, mise en question plastiquement à travers le masque et la transformation de soi, en vertu de critères tant personnels que sociétaux.

À proximité, un grand diptyque de Geneviève Cadieux, Rubis (1993), oppose un agrandissement de cellules cancéreuses d’un rouge vif et un plan rapproché du dos nu et de la nuque grise d’une femme. À part la confrontation entre une image aux allures abstraites et une autre figurative, entre une beauté plastique potentiellement dévastatrice et le corps d’un sujet peut-être atteint par la maladie, le lien créé par la mise en parallèle des deux scènes mène à une réflexion sur l’illusion et la précarité du beau…

 
[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente partout au Canada jusqu’au 21 septembre 2017 et sur notre boutique en ligne.]
 
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