L’Arab Image Foundation d’après Akram Zaatari :
 ou variations sur le thème de la photographie
 – Claudia Polledri

[Printemps-été 2018]

Akram Zaatari, On Photography, Dispossession and Times of Struggle, 2017, extrait d’une vidéo HD / excerpt from HD video, couleur, son / colour, sound, 30 min, permission / courtesy K21, Dusseldorf

Akram Zaatari, On Photography, Dispossession and Times of Struggle, 2017, extrait d’une vidéo HD / excerpt from HD video, couleur, son / colour, sound, 30 min, permission / courtesy K21, Dusseldorf

Par Claudia Polledri

[Extrait]
D’après Akram Zaatari, le terme photographie a plusieurs sens. C’est le message de sa dernière exposition, Against Photography. An Annotated History of the Arab Image Foundation, un itinéraire kaléidoscopique d’histoires et d’images qui nous permet d’entrer dans les archives de l’Arab Image Foundation (AIF ; Fondation arabe pour l’image en français), une institution à laquelle l’artiste est profondément lié. Par cette exposition, Zaatari se propose de retracer l’histoire de la fondation qu’il documente et paraphrase par son regard artistique. Présentée de juillet à septembre 2017 au Musée d’art contemporain de Barcelone (MACBA) et de novembre 2017 à février 2018 au K21 de Düsseldorf, Against Photography fera sa dernière étape au printemps 2018 au National Museum of Modern and Contemporary Art (MMCA) à Séoul, en Corée.

La Fondation arabe pour l’image. 1997–2017 : vingt ans se sont déjà écoulés depuis la création de l’Arab Image Foundation. Établie à Beyrouth, dans un pays encore en reconstruction après un long conflit civil (1975–1990), l’AIF est la réponse heureuse qu’un groupe d’artistes, Akram Zaatari, Fouad Elkoury et Samer Mohdad, apporte à l’absence d’institutions oeuvrant dans la région à la conservation et la diffusion du patrimoine culturel. Dirigée par Marc Mouarkech et Clémence Cottard Hashem, directrice des collections, l’AIF dispose aujourd’hui d’environ 600 000 clichés issus majoritairement du Maghreb et du Moyen-Orient (Liban, Syrie, Palestine, Jordanie, Égypte, Iran, Iraq, Maroc). C’est d’ailleurs par l’illustration de l’ancrage géographique de l’AIF que commence ce parcours, de façon à permettre au visiteur de localiser la provenance des collections, mais aussi à indiquer le rapport entre image et territoire comme étant l’un des fils rouges de cette trajectoire visuelle. Depuis sa fondation, l’AIF n’a pas cessé d’évoluer non seulement grâce aux acquisitions, mais grâce aussi au travail de conservation et de numérisation de son fonds photographique et aux activités menées pour sa valorisation. La quinzaine d’expositions réalisées tout au long de ces années en sont d’ailleurs un clair exemple. Après avoir participé à sa fondation et réalisé plusieurs de ses expositions, Zaatari poursuit sa collaboration avec l’AIF par son travail artistique et il demeure sans doute un des meilleurs connaisseurs du patrimoine photographique de celle-ci.

Il serait toutefois limitatif de voir dans cette exposition la seule illustration de l’histoire de l’AIF. De même, ce n’est pas non plus d’une rétrospective de l’artiste libanais qu’il s’agit, et ce bien que les oeuvres exposées couvrent une période assez large de sa production. C’est plutôt le chevauchement de ces deux parcours, l’un institutionnel et l’autre artistique, qui rend cet itinéraire si riche et stimulant, aussi bien du point de vue des oeuvres que des recherches menées par l’artiste dans les archives de la fondation. Mais ce qui rend cette exposition davantage captivante relève notamment de l’hétérogénéité des traitements auxquels Zaatari soumet l’objet photographique dans le but de mettre en valeur son potentiel documentaire et esthétique, sa technique et la variété des usages et des expérimentations auxquels il peut être soumis. En somme, c’est une véritable réflexion en images que Zaatari propose, un discours sur la photographie qui, comme il l’explique lui-même, « ne figure pas seulement comme médium, mais aussi comme sujet ». Un sujet, ajoutons-nous, qui se veut aussi clairement localisé. En effet, qu’elle soit considérée d’après ses déclinaisons techniques, du calotype au numérique en passant par l’argentique, ou en tant que pratique sociale, on verra comment le rapport de la photographie aux lieux et aux événements qui l’ont traversée tient un rôle central. Il en ressort ainsi une image riche et stratifiée, où l’histoire de la photographie placée au premier plan dialogue constamment avec l’histoire de la région elle-même…
 
[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente ici : Ciel variable 109 – REVISITER]

Acheter cet article