Jacynthe Carrier, Les Eux – Anne-Marie St-Jean Aubre, La fonction du regard dans l’œuvre de Jacynthe Carrier

Jacynthe Carrier, #1 de la série / from the series Les Eux, 2013, impression jet d'encre / inkjet print, 55 x 55 cm

Jacynthe Carrier, #1 de la série / from the series Les Eux, 2013, impression jet d’encre / inkjet print, 55 x 55 cm

C’est une certaine conception de la peinture qui s’imposait à mon esprit jusqu’à maintenant quand je pensais au travail photographique et vidéographique de Jacynthe Carrier, non seulement à cause de l’importance qu’elle donne à la composition et à la narration dans la création de ses œuvres, mais surtout à cause du type de regard que ces dernières suscitaient. Je dis jusqu’à maintenant parce dans son nouveau corpus, Les Eux (2013), une autre avenue me paraît se profiler, qui modifie la position dévolue au regard dans la perception des œuvres tout en fragilisant la suprématie sensorielle de la vue comme mode d’appréhension du monde. En effet, si depuis Scènes de genres 1 et 2 (2009) plusieurs tactiques ont été employées pour donner au regardeur une perception globale des scènes se déroulant sous ses yeux, Les Eux rompt avec cette visée en déplaçant la position de ce dernier de la périphérie vers le centre de l’action, et en refusant de réconcilier en un tout maîtrisable les morceaux épars et fragmentés qui lui sont alors donnés à voir. Ce faisant, l’œuvre s’installe dans un rapport critique – mais toujours de manière poétique – avec les préceptes sous-tendant une certaine compréhension du sujet moderne dérivant de l’esthétique kantienne, le définissant comme un spectateur autonome affirmant son contrôle par l’entremise de son regard, cet outil privilégié agissant comme seul intermédiaire le reliant au monde, responsable de toute possibilité de connaissance rationnelle.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine]

Originaire de Lévis, Jacynthe Carrier vit et travaille à Québec et à Montréal. Elle est titulaire d’un baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal et d’une maîtrise en photographie de l’Université Concordia. Ses œuvres ont été présentées dans plusieurs expositions individuelles et collectives au Québec (à La Triennale québécoise 2011, à la Manif’ d’art 4, au Musée régional de Rimouski, à la Galerie de l’UQAM, etc.). Ses vidéos ont fait partie de plusieurs programmations, notamment en Europe, au Brésil et aux États-Unis. En 2011, elle a remporté le Prix à la création artistique du Conseil des arts et des lettres du Québec. En 2012, elle a reçu le prix Pierre-Ayot. L’artiste est représentée par la Galerie Antoine Ertaskiran. jacynthecarrier.com

Titulaire d’une maîtrise en études des arts de l’UQAM, Anne-Marie St-Jean Aubre contribue régulièrement à divers magazines et publications. Elle occupe un poste d’assistante à la direction à SBC galerie d’art contemporain en plus de travailler comme commissaire indépendante. À son actif, on trouve les expositions Doux Amer (2009), Faire comme si… (2012), Autant en emporte le vent (2012), un co-commissariat avec Guillaume La Brie et Véronique Lépine et Tania Ruiz Gutiérrez. Les figures du temps et de l’espace (2012).

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