[Été 2026]
Luc Delahaye
par Stephen Horne
[EXTRAIT]
Une photographie peut montrer une scène qui prend sa signification uniquement dans et par sa représentation. La photographie documentaire prétend proposer et exiger de la singularité, faisant siens les principes du réalisme. C’est ce qui caractérise le travail du photographe français Luc Delahaye avant l’an 2000, moment où il opère un « virage » du fait objectif vers la modalité de l’affect. Depuis, il a réorienté son œuvre en s’éloignant de la pratique du documentaire « réaliste » pour nous convier à une expérience esthétique. Ceci a notamment signifié exposer ses créations dans un contexte de réception entièrement nouveau, passant du média d’information à la galerie d’art, et aujourd’hui au musée.
Durant cette récente période, c’est comme s’il avait reconsidéré les deux décennies précédentes de sa propre production, y compris le portrait global de celle-ci dans son propre souvenir. Dans ces photographies, on voit des images qui portent en elles l’admission que quelque chose au cœur des réalisations antérieures a été évacué pour permettre l’émergence d’un sentiment radicalement novateur quant à la dimension d’espace et de temps de l’objet photographique. Ce qui accentue cette perception est le fait que, dans sa pratique précédente, Delahaye s’intéressait surtout aux images d’« histoire en action », les « réalités crues et immédiates de la guerre » de Robert Capa, alors que maintenant il met l’accent sur la mémoire et ses compréhensions multiples du temps. Il met en place une esthétisation stratégique pour bousculer le réalisme tel qu’on l’exerce et le théorise habituellement. C’est un subterfuge intéressant, et un double jeu.
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[ Numéro complet, en version papier et numérique, disponible ici : Ciel variable 132 – TABLEAUX ]
[ L’article complet en version numérique est disponible ici : TITRE ARTICLE]
Né en 1962 à Tours, Luc Delahaye s’est d’abord distingué comme photojournaliste pour des reportages de guerre avant d’adopter, dans les années 2000, une pratique plus poétique, en gardant un pied dans la photographie documentaire. Son travail a fait l’objet d’expositions individuelles au J. Paul Getty Museum de Los Angeles ou au Kunsthal Rotterdam, par exemple. Les prix Pictet (2012), Robert Capa (1992, 2002), Niépce (2002) et trois World Press Photo (1992, 1993, 2001), parmi d’autres, lui ont été attribués. Il est représenté par la Galerie Nathalie Obadia. www.nathalieobadia.com/fr/artists/38-luc-delahaye/overview
Stephen Horne est un auteur montréalais sur l’art qui vit en France.






