La torsion selon Michael Snow : 1956 ou l’image déformée – Robert Fones

[Printemps-été 2015]
Michael Snow, 1956, A Videoprint, 1974. Offset photolithograph on wove paper /photolithographie offset sur papier vélin, 56 x 70 cm. Collection of / de Robert Fones, courtesy of / permission de Michael Snow.

Michael Snow, 1956, A Videoprint, 1974. Offset photolithograph on wove paper /photolithographie offset sur papier vélin, 56 x 70 cm. Collection of / de Robert Fones, courtesy of / permission de Michael Snow.

Par Robert Fones

[Extrait]
Enfant, j’ai découvert grâce à un livre sur le dessin animé offert par ma mère qu’on pouvait déformer ou exagérer le corps d’un personnage pour exprimer la stupéfaction ou la frayeur. Je revois très nettement une illustration du livre, montrant un personnage dont les yeux jaillissaient de leurs orbites, dont la mâchoire tombait jusqu’au nombril et dont tout le corps était étiré en longueur. J’observais aussi cet effet de déformation dans les dessins animés que je regardais à la télévision après l’école. Je me souviens de Wile E. Coyote qui essayait de faire tomber un rocher sur Roadrunner, sans s’apercevoir que ses propres pieds étaient attachés au rocher. Le rocher et les pieds de Coyote tombaient au fond du canyon, tandis que sa tête restait au bord du précipice, le temps qu’il comprenne l’étendue de son erreur… C’est sans doute la raison pour laquelle, lorsque j’ai vu pour la première fois 1956,une lithographie de Michael Snow réalisée en 1974, je l’ai lue comme une séquence de dessin animé.

La structure de 1956, une grille de quatre images sur quatre, suggère une séquence qui peut être lue de gauche à droite à partir du haut, selon le sens conventionnel de lecture d’un texte ou d’une planche de bande dessinée. La forme de chaque case (terme qui désigne, en bande dessinée, les images d’une planche) évoque un écran de télévision rectangulaire aux coins arrondis, typique des années 1950, et montre une chaise moderniste en tubes d’acier pliés, posée sur un tapis persan. Quelque chose est branché dans une prise murale, probablement le projecteur qui éclaire la chaise et crée une ombre sur le mur voisin. Mais chaque image est différente.

Dans la première case, en haut à gauche, l’image est normale, alors que toutes les images suivantes sont déformées à des degrés divers. Dans la seconde case, la chaise semble réagir à quelque chose qui se trouve devant elle ; son dossier s’étire jusqu’en haut de l’écran. Puis, dans la troisième case, la chaise étend son pied droit vers le bas ; elle plie ses deux pieds vers l’arrière dans la quatrième case ; en case cinq, elle étend son pied gauche vers le bas. Les déformations deviennent plus importantes à mesure que la séquence se poursuit, les deux cases en bas à droite étant les plus déformées…
Traduit par Emmanuelle Bouet

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]
 

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