PHotoEspaña 2015, Madrid.
 Veines ouvertes – Vues de l’Amérique latine – Jill Glessing

[Hiver 2016]
Ana Casas Broda, Kinderwunsch, Leche II, de la série Tiny Actions, 2010

Ana Casas Broda, Kinderwunsch, Leche II, de la série Tiny Actions, 2010

par Jill Glessing

[Extrait]
Malgré une grande diversité culturelle et géographique, les pays d’Amérique latine partagent avec l’Europe des liens inextricables qui datent de l’incursion ibérique. La méprise de Christophe Colomb a entraîné durant plusieurs siècles une saignée, qu’Eduardo Galeano a nommé « les veines ouvertes de l’Amérique latine ». Après que ces pays eurent obtenu leur indépendance politique, les relations entre colonisateur et colonisé ont commencé à évoluer. Aujourd’hui, à mesure que les systèmes économiques latino-américains rattrapent une Europe paralysée par les crises, l’immigration et les échanges culturels tendent à s’équilibrer.

PHotoEspaña, festival de photographie et d’arts visuel basé à Madrid, est cette année consacré à l’Amérique latine, choix emblématique de ce passé enchevêtré. Le format régional du festival fut inauguré en 2014 avec une programmation dédiée à la photographie espagnole ; en 2016, ce sera l’Europe.

La présence de PHotoEspaña en Amérique latine s’est accrue au fil des ans, notamment grâce à son programme Transatlántica, qui permet aux artistes émergents d’exposer leur travail et de montrer leur portfolio. La thématique 2015 est donc le prolongement naturel de cet engagement. Parmi les soixante-neuf expositions présentées dans les espaces artistiques publics et privés de Madrid ainsi que dans diverses villes du monde dont Bogotá et Paris, quarante-huit évoquent l’histoire et la situation de l’Amérique latine – une réalité complexe, souvent difficile.

Le « Nouveau Monde ». La photographie est apparue trop tard pour immortaliser le monde « nouveau » que Christophe Colomb découvrit à l’issue de sa traversée fatidique : nous ne pouvons que l’imaginer. Le photographe polonais Janek Zamoyski a retracé la route maritime du conquistador durant sa seconde expédition. Les vingt et un paysages marins réunis sous le titre Heave Away au Museo Nacional de Ciencias Naturales, et qui représentent chacun une journée de la traversée originelle, nous offrent des horizons ouverts et vides dont la beauté grandiose semble à la fois démentir et annoncer les bouleversements dramatiques qui allaient suivre.

Les Européens lancèrent ces expéditions afin de contrôler le commerce avec l’Asie. Mais ce qu’ils découvrirent devait s’avérer beaucoup plus profitable : des ressources abondantes extraites par une main-d’oeuvre indigène et de nouvelles âmes pour leur dieu chrétien…
Traduit par Emmanuelle Bouet

[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine.]

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