Vox Populi 1985-1989, Les origines de VOX, de Ciel variable et du Mois de la Photo à Montréal – Marcel Blouin

[Printemps/Été 2016]
Le centre VOX soulignait au début de l’année son 30e anniversaire en revenant sur sa toute première période, celle de la création de Vox Populi, le groupe qui est à l’origine de VOX, mais également de la revue Ciel variable et du Mois de la Photo à Montréal. Nous reprenons ici le texte que Marcel Blouin a écrit à cette occasion pour remémorer une période de militantisme et d’engagement en faveur de la transformation des conditions de vie des jeunes qui allait devenir une période extrêmement fertile pour l’avenir de la photographie au Québec.
L’équipe de Vox Populi en pleine préparation de l’exposition
 Je(u)ne c’est quoi ?, présentée
 lors de l’événement Plein la gueule, oct. 1985 / The Vox Populi team preparing the Je(u)ne c’est quoi ? exhibition for the Plein la gueule, Oct. 1985. De g. à d. / from L to R: Marcel Blouin, Jean-Marc Ravatel, Cynthia Poirier, Danielle Bérard et Sophie Bellissent photo : Alain Chagnon

L’équipe de Vox Populi en pleine préparation de l’exposition 
Je(u)ne c’est quoi ?, présentée
 lors de l’événement Plein la gueule, oct. 1985 / The Vox Populi team preparing the Je(u)ne c’est quoi ? exhibition for the Plein la gueule, Oct. 1985. De g. à d. / from L to R: Marcel Blouin, Jean-Marc Ravatel, Cynthia Poirier, Danielle Bérard et Sophie Bellissent. Photo : Alain Chagnon

 
[Extrait]
C’est Lucie Bureau qui a trouvé le nom de l’organisme. Elle travaillait à Radio Centre-Ville, radio communautaire et multilingue de Montréal située sur le boulevard Saint-Laurent. Le nom lui est venu à l’esprit parce qu’elle réalisait des vox populi portant sur des problématiques sociales ou culturelles. Nous nous amusions avec ces termes : Vox populi, vox dei, « Voix du peuple, voix de Dieu ». Nous n’étions pas naïfs. Nous étions en plein post-marxisme, et nous étions agnostiques et « postmodernes » sans faire usage de ce terme. Nous n’avions ni Dieu ni Marx pour idoles. La « voix du peuple », tout de même, c’était une référence claire au fait que nous souhaitions donner la parole aux citoyens. Et ces citoyens, ce n’étaient pas seulement les autres. Nous en étions aussi.

Des lectures et des courants de pensée ont marqué notre façon de percevoir le monde. Nous avions connu la fin du mouvement hippie, certes, mais nous n’en faisions pas partie. C’était à la fois dépassé et encore existant dans notre imaginaire. Nous étions des admirateurs de la contestation des années 1960, mais nous comprenions que « nos aînés avaient désormais pour priorité de payer leur hypothèque », et ce, depuis 1980, année du référendum portant sur la souveraineté-association du Québec. Le droit à la paresse, de Paul Lafargue, et Adieux au prolétariat, d’André Gorz, nous permettaient d’aborder la transformation du monde du travail autrement que par les seules revendications se résumant à « vivre une vie de prolétaire dignement aliéné ». Au-delà de la lutte ouvrière et syndicale, en ce début d’« ère post-mouvement prolétarien », Alain Touraine nous initiait par ses ouvrages au concept de « mouvement », aux mouvements sociaux, des jeunes, des femmes, des écologistes. C’était nouveau comme approche. On trouvait aussi dans notre bibliothèque le Manuel de l’animateur social : une action directe non violente, de Saul Alinsky. Cet ouvrage demeure, encore aujourd’hui, une référence incontournable pour ceux qui veulent se familiariser avec les différentes pratiques de la contestation tout en évitant les actes de violence.

Avec l’arrivée de ce que nous nommions alors « les nouvelles technologies », avec la robotisation des usines, le philosophe André Gorz nous expliquait que « plus ça va, moins nous avons besoin de travailler pour produire la même quantité et qualité de biens et services ». Ce qui est soit une bonne ou une mauvaise nouvelle, selon la direction prise par nos sociétés. Fort de cette observation, en tant que coordonnateur d’un collectif de jeunes sans-emploi, j’ai eu l’idée de proposer un slogan, telle une revendication joyeuse, douce, réfléchie et consciemment naïve : « Travailler moins pour travailler tous et vivre mieux », qui ne va pas sans rappeler l’actuelle et pertinente réflexion portant sur la « décroissance ». Ce slogan, nous sommes allés jusqu’à l’imprimer sur des t-shirts que nous portions fièrement…

[Suite de l’article dans les versions imprimée et numérique du magazine.]

Acheter cet article