Marie-Claire Blais
 et Pascal Grandmaison – Sylvain Campeau

[Automne 2016]
Marie-Claire Blais et Pascal Grandmaison, La vie abstraite 2 : espace du silence, 2016, 4 projections vidéo synchronisées, 6 m ch., 30 min, photos : Pascal Grandmaison, permission de la Galerie René Blouin

Marie-Claire Blais et Pascal Grandmaison, La vie abstraite 2 : espace du silence, 2016, 4 projections vidéo synchronisées, 6 m ch., 30 min, photos : Pascal Grandmaison, permission de la Galerie René Blouin

La vie abstraite (volets 1 et 2)
Galerie René Blouin, Montréal
Du 5 mars au 23 avril 2016

par Sylvain Campeau

[Extrait]
La première collaboration entre Marie-Claire Blais et Pascal Grandmaison a donné lieu à la création de deux instal­lations vidéographiques assez monumentales. La première, intitulée Le temps transformé, est d’une durée de 40 minutes et se présente sous la forme d’une double projection aux images synchronisées reprenant la figure du carré noir du peintre Kazimir Malevitch, fondateur du mouvement suprématiste. La seconde, Espace du silence, est composée de quatre projections présentées par groupes de deux sur des murs opposés dans des espaces adjacents. Elles ont été installées de telle sorte qu’il est possible de les voir en même temps pour peu que l’on se positionne entre les deux salles et qu’on tourne fréquemment la tête. On en vient alors à voir comment elles se redoublent efficacement, se reprenant l’une l’autre en des images semblables mais pas tout à fait identiques pour autant.

Dans la première projection, la référence au Carré noir est évidente. Une toile noire flexible est présentée dans un décor naturel. Elle chatoie selon les mouvements qui lui sont imprimés par un manipulateur invisible ; elle gondole, se plie, se tasse même. Elle danse entre les herbes et crépite sous l’action de la pluie. Ainsi suivie par la caméra, elle se présente comme une matière totale, entière, d’intérêt certes, saisie dans sa réalité matérielle, montrant ses effets multiples, dans ses couleurs comme dans ses formes.

Ce n’est pas la première fois que la vidéographie sert à semblable entreprise de mise à distance critique d’un autre médium. Sauf qu’il pourrait être hasardeux qu’une oeuvre non figurative aussi déterminante soit soumise à pareille épreuve critique, au moyen d’un médium qui sait si mal, de par sa nature, faire fi d’un certain naturalisme. Or, ici, tous les choix techniques faits pour filmer les contorsions de ce carré noir, que ce soit par l’entremise de l’angle choisi, de la lentille employée, du mouvement imprimé à la caméra, du réglage de la mise au point et de la profondeur de champ ; tout, vous dis-je, concourt à la production d’une sorte de travail non figuratif, à la création d’images vaguement abstraites…

[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine.]
 
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