Robert Walker, Hochelaga-Maisonneuve, Observations and Recollections – Pierre Dessureault, Regard sur Hochelaga-Maisonneuve

[Hiver 2017]

Robert Walker, Miami Restaurant, rue Sherbrooke Est, 2012

Robert Walker, Miami Restaurant, rue Sherbrooke Est, 2012

par Pierre Dessureault

[Extrait]
Robert Walker travaille depuis dix ans à un projet intitulé Hochelaga-Maisonneuve: Observations and Recollections. Le sous-titre annonce les deux axes qui guident sa démarche. Celui de l’observation s’attache aux choses vues et correspond à l’aspect spontané de son entreprise, menée sans plan préétabli. Comme dans ses travaux précédents, Walker est avant tout un flâneur qui va là où son oeil le mène. L’autre axe est celui de la mémoire. Le quartier est celui où Walker est né et a vécu une grande partie de sa vie. Cette familiarité devient en quelque sorte le fil conducteur de ses pérégrinations dans ces secteurs teintés de souvenirs.

Dans une maquette de livre1 réalisée en 2013, Walker regroupe ses images en quatre chapitres qui représentent autant de centres d’intérêt qui se dégagent de la masse de photographies accumulées : les édifices publics, les églises et le Jardin botanique ; les industries ; la vie des rues ; l’histoire sur un plateau de cinéma. L’ensemble des images ainsi organisées en un tout cohérent brosse un portrait complexe du quartier dans lequel la profondeur de la vision et les choix personnels de Walker sont manifestes. L’image globale qui se dégage de ce vaste chantier est celle d’un quartier jadis prospère, comme en témoignent les édifices publics, signes de progrès social pour une classe ouvrière en ascension, jusqu’à ce que le déclin industriel dans la seconde moitié du XXe siècle sonne le glas des utopies.

Aujourd’hui, Hochelaga-Maisonneuve présente toutes les caractéristiques d’un milieu marqué par de profondes fractures sociales. À cet égard, commerces placardés couverts de graffiti, vestiges industriels, vitrines criardes, amuseurs publics témoignent autant de la vie du quartier que le marché Maisonneuve, le Stade olympique ou les églises. Walker n’établit pas de hiérarchie ni ne prend position : il observe et saisit le présent. Il pourrait reprendre à son compte ces considérations de James Agee, auteur avec Walker Evans (dont se réclame Walker), de Louons maintenant les grands hommes, un classique de l’approche documentaire : « … je suis intéressé par le moment présent et sa relation, et ainsi ai le désir de faire entendre clairement que rien ici n’est inventé. Tout çà [sic] peut bien avoir l’air à vos yeux d’un micmac, d’un fatras. Mais dans ce que je soutiens, il y a ceci, que l’expérience elle-même s’offre dans sa richesse et sa variété, et s’inscrit dans bien plus d’un registre, et qu’ainsi il peut fort bien convenir de l’enregistrer d’une manière non moins variée2 ».

Autre trait que Walker et Evans ont en commun : la passion pour les productions vernaculaires, sortes de créations collectives qui manifestent autant les goûts et les choix personnels des individus que les valeurs du groupe et la culture matérielle dont ils sont issus. Walker prend visiblement plaisir à détailler cette prolifération d’images de motos, de crânes et de squelettes, d’effigies de Marilyn et de vedettes de cinéma qui disputent l’espace public à une multitude de réclames et d’étalages hétéroclites d’objets de consommation courante…

1 Maquette en format PDF fournie par le photographe et consultée en septembre-octobre 2016.
2 James Agee et Walker Evans, Louons maintenant les grands hommes, 3e éd., Paris, Plon, coll. « Terre humaine poche », 2002, p. 243.

 

[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine.]
 
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