Alain Lefort, Eidôlon – Francine Paul, Chasseur de paysages au printemps des glaciels

[Printemps-été 2017]

Alain Lefort, Eidôlon 3, 2016 (détail / detail) impression numérique / digital print 107 × 94 cm

Alain Lefort, Eidôlon 3, 2016 (détail / detail) impression numérique / digital print 107 × 94 cm

par Francine Paul

[Extrait]

Eaux terres soleils nuages
Et puis tout ce froid fondamental
Glaces et glaciels
Banquises et tourelles
Chorbacks et ropaks
Dont ne parla jamais
le vieil Empédocle
Foulanges et neiges
Là-bas tout là-bas1

— Jean Désy, Petite suite de poèmes nordiques

Si le texte de Jean Désy fait poétiquement écho à la beauté nordique en choisissant l’inventif vocabulaire de la nordicité et de ses glaces forgé par le géographe Louis-Edmond Hamelin2, les récents paysages d’Alain Lefort en créent des représentations sensibles et personnelles. Avec les photographies de ses dernières séries Eidôlon et Sans titre (Eidôlon), il se fait l’observateur attentif des épaisseurs multiples du mystère du « là-bas tout là-bas ».

Projets photographiques. Depuis 2010, les suites photographiques d’Alain Lefort témoignent de sa volonté d’aller vers des régions de plus en plus éloignées pour photographier en solitaire les phénomènes naturels et, ces dernières années, ce sont plus spécifiquement les icebergs qui l’interpellent, imposants dans leurs proportions et leurs attraits. Comme plusieurs d’entre nous, son imaginaire est possiblement nourri par les voyages des grands explorateurs de l’Arctique que furent Roald Amundsen, Robert Peary, Frederick Cook et sir John Franklin. Soulignons que la littérature est source d’inspiration pour l’artiste, notamment Walt Whitman et Herman Melville, comme le démontrent avec acuité les textes de Sylvain Campeau et de James D. Campbell publiés dans la monographie consacrée à Alain Lefort3.

Sans doute a-t-il aussi en mémoire les campagnes photographiques privées ou publiques du 19e siècle ou encore, plus près de nous, les missions photographiques de la Datar dans les années 1980 qui mettent de l’avant, et dans le contexte des réflexions contemporaines sur le concept de paysage, une vision personnelle démontrant qu’une « représentation du paysage doit être créée plus que simplement enregistrée4 ». Concepteur et initiateur de ses projets photographiques, il en est le principal commanditaire appuyé occasionnellement par des bourses de recherche…

1 Il s’agit d’un extrait du poème publié dans le Sabord, n° 103 (février 2016), p. 12.
2 Daniel Chartier et Jean Désy, La nordicité du Québec – Entretiens avec Louis-Edmond Hamelin, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2014
3 Sylvain Campeau et James D. Campbell, Alain Lefort, Longueuil, Plein sud Édition, 2016
4 Citation de Jacques Sallois dans la Préface de Paysages, photographies. La Mission photographique de la Datar, Travaux en cours 1984-1985, Paris, Hazan, 1985, p. 11. Cette citation est relevée par André Rouillé, La photographie, Paris, Gallimard, « Folio essais », 2009, p. 495.

 
[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente partout au Canada jusqu’au 21 septembre 2017 et sur notre boutique en ligne.]
 
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