Contact 2017, Focus sur le Canada – Jill Glessing

[Hiver 2018]

Mark Lewis, Canada, 2017, single-screen video, 5K transferred to 2K / vidéo sur écran simple, 5K transférée en 2K. Commissioned by the Art Gallery of Ontario, 2017 / Commandée par le Musée des beaux­-arts de l’Ontario, 2017. Courtesy / permission Daniel Faria Gallery, Toronto

Mark Lewis, Canada, 2017, single-screen video, 5K transferred to 2K / vidéo sur écran simple, 5K transférée en 2K. Commissioned by the Art Gallery of Ontario, 2017 / Commandée par le Musée des beaux­-arts de l’Ontario, 2017. Courtesy / permission Daniel Faria Gallery, Toronto

Par Jill Glessing

[Extrait]

Le peu de bruit qui s’est fait autour du cent-cinquantième anniversaire du Canada – début de l’entreprise coloniale du « Dominion of Canada » et de son union inégalitaire avec le Québec – laissait peut-être présager cette inévitable réaction : « Cent-cinquante ans… vraiment ? » Le territoire pourtant est habité depuis près de douze mille ans par des peuples indigènes…

C’est en référence à ce modèle fondateur, palimpseste ou tablette de cire, méthode d’effacement, de recouvrement, de réécriture, et des tensions qui en résultent, que peuvent être analysées plusieurs des expositions à l’honneur de CONTACT 20171. Embrassant ce repère nationaliste, certaines expositions du festival qui portait pour titre Focus on Canada, invitaient à un tendre amour pour le territoire et ses habitants, colons ou métis. D’autres expositions dignes d’intérêt s’attachaient plutôt à montrer l’envers du décor : le pouvoir patriarcal des blancs et les brûlantes tensions liées aux violences faites aux femmes et aux minorités. Les artistes des Premières Nations sortaient du lot, eux dont les œuvres engagées revisitaient leur histoire en tant que premiers habitants du Kanata et le monde naturel dans lequel ils habitent.

Katherine Knight, archéologue du tissu domestique de la Nouvelle-Écosse (au sens littéral comme au sens figuré), éclairait d’un jour plus amène l’identité culturelle canadienne grâce à ses recherches sur un artisanat local : les sentences brodées. Ces aphorismes en caractères gothiques cousus de couleurs vives ont été réalisés à l’aide des modèles en papier perforé si populaires à la fin du XIXe siècle. Pour Portraits and Collections, le Textile Museum of Canada a mis à la disposition de l’artiste une vaste sélection de broderies encadrées sur lesquelles on peut lire des phrases telles que : « What is a Home without a Father? », toutes tirées d’une collection de 173 encadrements qui décoraient les murs pastel d’une maison donnant sur Caribou Harbour. Knight insuffle à ces artefacts historiques d’autres significations dans son projet multimédia de fouille Caribou Mottoes (2006, en cours). Trois petites photos carrées montraient les intérieurs lumineux où étaient accrochés les tissus brodés ; des agrandissements de détails d’une broderie étaient jumelés à des photos des fils ou du papier journal à l’endos. Deux œuvres audio visuelles donnaient corps à l’histoire : dans Buoy (2013), triptyque contemplatif et méditation sur la mer et la transmission des anciennes coutumes, on voyait flotter des bouées dont les cloches vont bientôt être remplacées par des timbres artificiels ; la seconde vidéo superposait aux images les voix de femmes et de filles de Caribou Harbour qui récitaient les sentences.

À la Harbourfront Gallery, la côte arctique et pacifique du Canada étaient mises de l’avant dans les trois vidéos de Johan Hallberg-Campbell installées dans une petite pièce de l’exposition Coastal (2010, en cours). Les images relativement abstraites de Arctic, Tuktoyaktuk, Northwest Territories (2016) – prises de vue aériennes d’étendues enneigées ou d’eaux sableuses, accompagnées de chants d’oiseaux et de bruits de mer – étaient plus poétiques que les photographies conventionnelles des bords de mer et de leurs habitants mises aux murs…

1 Festival de photographie Scotiabank CONTACT 2017, à Toronto, du 1er au 31 mai 2017.

 
[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente ici : Ciel variable 108 – SORTIE PUBLIQUE]

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