La photographie au Canada 1960-2000, De l’art photographique au monde des images – Pierre Dessureault

[Hiver 2018]

Jim Breukelman, Propriétés convoitées n° 03 / Hot Properties 03, 
de la série / from the series Propriétés convoitées / Hot Properties 1987 épreuve couleur / colour print, 
56 × 61 cm

Jim Breukelman, Propriétés convoitées n° 03 / Hot Properties 03, 
de la série / from the series Propriétés convoitées / Hot Properties 1987 épreuve couleur / colour print, 
56 × 61 cm

Par Pierre Dessureault

[Extrait]
Il apparaît de plus en plus improbable d’examiner la photographie et son histoire en faisant l’économie de ses protocoles de production, de ses stratégies de diffusion et de ses contextes de conservation et de mise en valeur dans les collections publiques. À cet égard, Andrea Kunard situe d’entrée de jeu son entreprise1 : « Autant une sélection d’œuvres met en lumière certains objets, autant elle dit quelque chose sur l’histoire des institutions et de la culture, et sur les valeurs rattachées à l’acte de collectionner. Les collections muséales sont, en général, des entités hétéroclites qui reflètent les préoccupations qu’ont eues, au fil du temps, les différents conservateurs, directeurs et donateurs2. »

L’histoire qui structure le propos de Kunard, développée en détail dans le catalogue qui accompagne l’exposition, n’est pas linéaire et totalisante, pas plus qu’elle ne vise à mettre en lumière les grands courants artistiques et les catégories esthétiques qui ont jalonné l’évolution du médium au cours de quatre décennies. Elle retrace plutôt les façons dont la photographie a été pensée à un moment donné et la manière dont ces conceptions ont été mises en œuvre par le MBAC et le Musée canadien de la photographie contemporaine (MCPC) pour former deux collections et constituer un patrimoine que l’on peut aujourd’hui situer dans le développement des pratiques culturelles qui ont marqué une époque.

La période choisie correspond à une étape particulière de l’évolution de la technique autant au Canada qu’à l’étranger. Les années 19603 et les décennies suivantes sont marquées, d’une part, par l’accession de la photographie au domaine de l’art – avec toute la part d’ambiguïtés et de polémiques que comporte un débat hérité du XIXe siècle – et d’autre part, par la reconnaissance de la pluralité des pratiques qui l’inscrivent dans le vaste champ des productions centrées sur l’image. Nous assistons au passage d’une photographie attachée à la description du réel et aux codes esthétiques hérités des avant-gardes des années 1920 et de la photographie pure des années 1930–1950 à une prolifération d’approches, à une diversification des protocoles et des codes de production d’images, ainsi qu’au brouillage des frontières entre les genres canoniques jusque-là en vigueur, au profit d’une recherche de nouvelles formes d’expression, de stratégies narratives inédites et de vocabulaires plastiques novateurs qui se pencheront sur des sujets jusqu’à ce jour inexplorés…

1 Exposition organisée par l’Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada, présentée à Ottawa du 7 avril au 17 septembre 2017. Exposition et catalogue l’accompagnant sous la direction d’Andrea Kunard, conservatrice associée à la photographie.
2 Andrea Kunard, La photographie au Canada 1960–2000, Ottawa, Institut canadien de la photographie du MBAC, 2017, p. 11.
3 Pierre Dessureault, « La question de la photographie », Denise Leclerc et Pierre Dessureault, Les années 60 au Canada, Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada et Musée canadien de la photographie contemporaine, 2005, p. 114–165.

 
[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente partout au Canada jusqu’au 31 mai 2018 et sur notre boutique en ligne.]

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