Autour de Jonathan Monk. Les vues d’expositions comme réalité augmentée – Marie J. Jean

[Printemps-été 2018]

Jonathan Monk, Exhibit Model Three, 2017-2018, vues de l’exposition / exhibition views. VOX, centre de l’image contemporaine, Montréal, photos : Michel Brunelle

Jonathan Monk, Exhibit Model Three, 2017-2018, vues de l’exposition / exhibition views. VOX, centre de l’image contemporaine, Montréal, photos : Michel Brunelle


Par Marie J. Jean

[Extrait]
Les vues d’expositions occupent un rôle de plus en plus important depuis que les muséologues les font figurer dans les expositions. Si au départ cette documentation était placée sous vitrine, suivant un protocole documentaire introduit par la muséologie, elle a peu à peu été disposée sur des cimaises, acquérant parfois le statut d’oeuvres d’art, pour enfin atteindre un format monumental et ainsi encourager l’expérience immersive de l’exposition documentée. Bien que son importance soit maintenant établie, notamment en ce qui concerne l’histoire de l’art, bien que la vue d’exposition ait aussi été mise à contribution pour contextualiser des oeuvres et des expositions passées, en revanche ses usages par les artistes n’ont été que peu étudiés jusqu’à présent. De fait, entre leurs mains, cette documentation ne se résume pas à simplement actualiser un passé : elle introduit une manière nouvelle de pratiquer l’exposition. L’installation Exhibit Model, de l’artiste britannique Jonathan Monk, avec tous les enjeux expositionnels qu’elle convoque, sera le point de départ de la présente réflexion1.

En entrant dans l’espace d’exposition, à la vue d’Exhibit Model, le visiteur est aussitôt convié à une expérience saisissante : il se trouve plongé dans un environnement méconnaissable, bien différent de celui qu’il a l’habitude de fréquenter. Tous les murs ont en effet été recouverts d’images monumentales recelant des vues d’expositions diverses, présentées à des années d’intervalle dans des contextes chaque fois différents. Y sont documentées de nombreuses oeuvres réalisées par Jonathan Monk – montrées dans des vues rapprochées ou des plans d’ensemble, des perspectives frontales ou obliques, en couleur comme en noir et blanc – dont l’agrandissement offre une expérience spatiale pour le moins insolite, à la fois labyrinthique et vertigineuse. Ces nombreux espaces d’exposition ainsi juxtaposés ne produisent pas pour autant un effet chaotique car, il faut le préciser, cet assemblage est le résultat d’une composition globale où sont établies diverses relations formelles et interactions avec les caractéristiques architecturales de l’espace qu’elles recouvrent. C’est ainsi que le mur d’un bâtiment visible dans une image et le tableau auquel il est associé dans l’image suivante forment ensemble un étrange volume ; c’est parfois un fil d’alimentation qui se poursuit dans l’image adjacente, mais cette fois dans le tracé d’une ombre au sol ; c’est aussi la perspective à l’infini qu’aménage l’ouverture de larges fenêtres qui provoque le sentiment immédiat d’un déséquilibre ; c’est encore la répétition de portes, réelles ou imagées, qui cause une confusion spatiale. Ces vues d’expositions, sous cette forme de la photographie murale, aménagent de façon insolite l’espace bien qu’elles ne fassent pas pour autant reposer l’expérience sur la seule spatialité de l’image (arrangement de celle-ci dans son environnement) et dans l’image (la composition), faisant tout autant intervenir une relation inattendue au lieu

1 L’installation spécifique a connu trois différentes itérations : d’abord présentée au Kunsthaus Baselland (du 27 mai au 17 juillet 2016), puis à la la Galleri Nicolai Wallner de Copenhague (du 4 novembre au 22 décembre 2016) et enfin à VOX, centre de l’image contemporaine, à Montréal (du 16 novembre 2017 au 27 janvier 2018).

 
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