ENTR’ACTE. 
Un portrait collectif de l’hôpital Royal Victoria – James D. Campbell

[Printemps-été 2018]

Raymonde April, Détail d’une fenêtre, Hôpital Royal Victoria / Detail of a Window, Royal Victoria Hospital, 2017, 91 x 137 cm.

Raymonde April, Détail d’une fenêtre, Hôpital Royal Victoria / Detail of a Window, Royal Victoria Hospital, 2017, 91 x 137 cm.

Par James D. Campbell

[Extrait]
Cette exposition a réuni, sur le principe des regards croisés, des images fortes et évocatrices du site d’origine récemment abandonné de l’hôpital Royal Victoria. Onze artistes montréalais ont été invités par le Centre des arts et du patrimoine RBC du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) à visiter l’endroit. Les bâtiments étaient inoccupés depuis le déménagement de l’hôpital au nouveau site Glen en 2015, et on a demandé aux onze photographes de choisir des lieux pour réaliser des prises de vue photographiques. Accompagnés du Dr Jonathan Meakins, directeur du Centre des arts et du patrimoine (et ancien directeur du service de chirurgie au Royal Victoria, au CUSM puis à l’Oxford University) et d’Alexandra Kirsh, conservatrice du Centre, les photographes ont parcouru de fond en comble le complexe désaffecté à la recherche d’espaces qui les toucheraient ou les inspireraient. En tout, deux visites ont eu lieu en compagnie de la conservatrice : l’une pour se faire une idée des différentes vues potentielles et l’autre pour prendre les photos. Le résultat de ces explorations à pied, des recherches menées sur place et de visions artistiques non conformistes est un ensemble captivant de 11 images qui donne des perspectives totalement différentes de cet hôpital vide, réalisées par les artistes réputés que sont Raymonde April, Michel Campeau, Serge Clément, Luc Courchesne, Yan Giguère, Angela Grauerholz, Marie-Jeanne Musiol, Roberto Pellegrinuzzi, Yann Pocreau, Gabor Szilasi et Chih-Chien Wang.

Détail d’une fenêtre, Hôpital Royal Victoria (2017), de Raymonde April, est une image classique de son travail, dans un sens, en cela qu’elle photographie une fenêtre, à la fois comme sujet et comme seuil. Parmi l’abondance des lieux et des centres d’intérêt possibles, elle a choisi une fenêtre par laquelle passe la lumière, quoique dans un état apparent de délabrement, reflet des choses organiques elles-mêmes. April se concentre toujours sur des « faits concrets » de notre existence, que ce soit dans les centres urbains, ici à l’hôpital, ou encore à la campagne, et pourtant elle évoque chaque fois quelque chose de numineux avant ou après ces faits. Cette image a en elle une dimension de compression latérale et verticale semblable à ce que l’on trouve dans le Christ mort (1521), de Hans Holbein. La poïétique qui traverse toute l’oeuvre d’April, l’ouverture que cette dernière a sur le monde, tout cela s’exprime significativement ici.

Baby Philomène Royal (1991-2017) (2017), de Michel Campeau, est un collage construit autour de la photo d’un bébé né en 1991. Les images qui l’entourent représentent des surfaces en acier inoxydable, en plus d’une autre qui est peut-être une analyse d’anomalie, une image d’échographie détaillée qui montre le corps du bébé et où l’on voit la position du placenta, le cordon ombilical, le liquide amniotique, l’utérus et le col utérin. Le bébé qui pleure dans le quart inférieur gauche de la composition est pris en étau entre les images des murs en acier, étreint par une technologie qui le presse de tous côtés, le métal sans âme contrastant avec la peau du nouveau-né, à la façon d’une armature extérieure conçue pour le protéger…
Traduit par Marie-Josée Arcand et Frédéric Dupuy
 
[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente ici : Ciel variable 109 – REVISITER]

Acheter cet article