La photographie, un acte de collaboration – Ellen Tolmie

[Automne 2018]

Par Ellen Tolmie

[Extrait]
Une exposition récente au Ryerson Image Centre (RIC) remettait en cause les idées reçues à propos des rôles du photographe, de ses sujets et même de l’espace dédié à l’exposition. Une conception longtemps répandue de la photographie veut qu’il s’agisse du geste exclusif d’un individu, le photographe, lui­-même maintenant célébré comme un artiste et un auteur. La solitude de la personne derrière l’objectif s’est ancrée dans l’imaginaire à la fin des années 1970, alors que les photos de tous genres faisaient leur entrée dans le monde des arts. Étant le fait d’un artiste, la photo devient une œuvre qui est la sienne, tout naturellement considérée comme le produit final d’un projet solitaire. Nous avons adhéré à cette conception où le photographe serait à l’art ce que l’entrepreneur est au capitalisme.

Sans prétention, mais magnifiquement, l’exposition Collaboration, A Potential History of Photography1 remet en question cette vision des choses. La première fois que j’ai entendu parler de ce projet, il y a plusieurs mois, il m’avait paru présomptueux de prétendre poser, par son sous­-titre, une tout autre histoire de la photographie. Après avoir visité l’exposition, la chose semblait toutefois s’imposer d’elle­-même. En nous conviant à voir dans les sujets des photos un moteur de leur création – des participants, même à leur corps défendant – plutôt que de simples instruments au service du regard du photographe, l’exposition nous amène à repenser nos postulats conventionnels à propos de la photographie.

À l’image des autres formes de représentation visuelle, le monde dépeint par la photographie a longtemps été celui de l’homme blanc privilégié, un angle de vue battu en brèche depuis presque un siècle par le post­modernisme et l’identité politique, mais avec des résultats encore mitigés. Il n’est donc pas surprenant que ce soit des femmes – Ariella Azoulay, Wendy Ewald, Susan Meiselas, Leigh Raiford et Laura Wexler – qui aient créé une exposition où les images cessent d’être la proposition du seul photographe pour devenir le fruit d’une collaboration, le sujet cessant d’y être un prétexte pour devenir un coauteur…
Traduit par Marie-Josée Arcand et Frédéric Dupuy (avec François D. Brodeur)

[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente partout au Canada jusqu’au 18 janvier 2019 et sur notre boutique en ligne.]

1 Exposition présentée au Ryerson Image Centre, à Toronto, du 24 janvier au 8 avril 2018. C’était la principale exposition à y avoir été tenue durant cette période et plusieurs autres lui ont fait écho, notamment Jim Goldberg: Rich and Poor, consacrée à des portraits de gens pauvres et aisés de la baie de San Francisco, en Californie, entre 1977 et 1985, où les sujets ont été appelés à commenter leur représentation et leur vie telles que présentées sur les épreuves.

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