Janet Cardiff et George Bures Miller, Alter Bahnhof Video Walk – Christine Ross, L’historicisation affective des espaces publics

Janet cardiff et George Bures Miller, Alter Bahnhof Video Walk, 2012, extrait vidéo de la représentation d’une marche / still frame from representational video of the walk, 28 min, produit pour / produced for dOCUMENTA (13), Cassel, Allemagne / Germany, permission des / courtesy of the artist(e)s

Janet Cardiff et George Bures Miller, Alter Bahnhof Video Walk, 2012, extrait vidéo de la représentation d’une marche / still frame from representational video of the walk, 28 min, produit pour / produced for dOCUMENTA (13), Cassel, Allemagne / Germany, permission des / courtesy of the artist(e)s

Depuis les années 1990, les pratiques artistiques spatiales – une catégorie qui s’est élargie pour inclure l’installation, les environnements architecturaux, les interventions relationnelles, l’exploration esthétique des technologies de localisation automatisée et en temps réel (GPS, extension des téléphones intelligents), et des technologies de réalité augmentée – ont élaboré une redéfinition importante du rapport art/espace public. Alors que les stratégies esthétiques des années 1970 et 1980 privilégiaient la démythologisation critique de l’espace public – une pratique qui a pris diverses formes telles que la site-specificity, la critique institutionnelle et l’analyse néomarxiste des conflits sociaux sous-jacents aux lieux publics –, l’art récent tend plutôt a privilégier l’activation affective de l’espace. Pensons aux environnements urbains relationnels de Rafael Lozano-Hemmer dans lesquels le passant est invité à utiliser son téléphone intelligent pour transmettre un message personnel en ligne et l’entendre quelques minutes plus tard diffusé dans un espace public, modulant (par les intonations de la voix) les faisceaux de lumiére projetés dans l’espace (Open Air, 2012).

Ce type d’activation affective s’amorce souvent à même des pratiques participatives dans lesquelles le spectateur contribue (de facon plus ou moins réussie, selon le cas) a la création de l’œuvre. Il est aussi largement tributaire d’explorations médiatiques qui tendent à dissoudre la distinction établie par le philosophe Thierry Paquot entre espace public (« le lieu du débat politique, de la confrontation des opinions privées que la publicité s’efforce de rendre publiques, mais aussi une pratique démocratique, une forme de communication, de circulation des divers points de vue ») et espaces publics (« les endroits accessibles au(x) public(s), arpentés par les habitants, … bref, le réseau viaire et ses à-côtés qui permettent le libre mouvement de chacun, dans le double respect de l’accessibilité et de la gratuité»).1 De par leur mobilité, les médias peuvent aller de pair avec l’espace public : ils peuvent être utilisés pour faire circuler différents points de vue.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

Christine Ross est professeure et titulaire de la Chaire James McGill en histoire de l’art contemporain au Département d’histoire de l’art et d’études en communication de l’Université McGill. Elle est aussi directrice de Media@ McGill, un centre de recherche interdisciplinaire sur l’étude du rapport média, technologie et culture. Elle a publié, entre autres : The Past is the Present; It’s the Future too: The Temporal Turn in Contemporary Art (2012) et The Aesthetics of Disengagement (2006).

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