Marisa Portolese, Antonia’s Garden – Isa Tousignant, Prendre soin du jardin

Marisa Portolese, The ordinary Instant 1, de la série / from the series Antonia's Garden, 2011, épreuve chromogène / c-print, 30 x 127 cm

Marisa Portolese, The ordinary Instant 1, de la série / from the series Antonia’s Garden, 2011, épreuve chromogène / c-print, 30 x 127 cm

Au début de l’hiver, vous verrez parfois une tache de couleur émerger des premières chutes de neige qui recouvrent les jardins : c’est un œillet. Longtemps après que les pivoines, les lys et les jonquilles ont disparu, cette fleur robuste affiche ses couleurs vives, défiant la saison mortifère. C’est donc à juste titre l’une des fleurs les plus utilisées pour les couronnes mortuaires, mais également un favori des bouquets de fête des mères et des corsages de finissantes. Sa pérennité et son refus de se faner en font un symbole idéal pour nos rites de passage.

Quand Marisa Portolese a découvert ce parterre d’œillets roses en Italie, où elle travaillait à son projet autobiographique Antonia’s Garden, elle n’a pas pu s’empêcher de le photographier. La lumière était belle, et la palette pleine de douceur : l’image était irrésistible. L’artiste ne se doutait pas que les œillets viendraient s’intégrer au corpus profondément personnel qu’elle était en train de développer. Mais durant les quatre années nécessaires à la réalisation d’Antonia’s Garden, tandis qu’elle photographiait des images, les triait, les écartait et les reconsidérait, jusqu’à obtenir sa sélection finale de trente-cinq éléments, elle poursuivait également ses recherches d’après la légende, et découvrit que les œillets roses sont apparus pour la première fois lorsque la Vierge Marie pleurait sur Jésus transportant sa croix. Les fleurs ont poussé là où les larmes étaient tombées, devenant ainsi un symbole de l’éternelle dévotion d’une mère. D’abord de foi catholique élaborant un projet axé sur les liens matrilinéaires, Portolese n’aurait pu en trouver un emblème plus approprié. Intitulée Carnations: A Mother’s Tears, l’image devint l’une des photographies les plus intensément poétiques de cette œuvre décisive. Traduit par Emmanuelle Bouet.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

Marisa Portolese est d’origine italienne, mais elle est née à Montréal (Québec) où elle vit et travaille. Elle est professeure associée au programme de photographie du Département d’arts plastiques de l’Université Concordia. Sa pratique est axée sur la photographie et la vidéo, et comprend des interventions à titre de commissaire pour plusieurs institutions. Titulaire d’une maîtrise en art de l’Université Concordia (2001), elle a réalisé de nombreux projets photographiques salués par la critique, soit Belle de Jour (2002), The Recognitions (2004-2005), Breathless (2007), The Dandy Collection (2003-2008), Imagined Paradise (2010), Pietà (2010) et Antonia’s Garden (2007- 2011). Une monographie sur Antonia’s Garden a récemment été publiée par La Maison de l’image et de la photographie (UMA). Marisa Portolese est représentée par la galerie Lilian Rodriguez (Canada) et Charles Guice Contemporary (É.-U.). marisaportolese.com

Isa Tousignant contribue régulièrement au magazine Canadian Art, ainsi qu’au blogue consacré à la scène artistique montréalaise pour akimbo.ca. Elle est rédactrice indépendante dans le domaine de la culture, de la décoration, du design et du voyage. Après avoir travaillé comme éditrice de journaux et de magazines pendant plus d’une décennie, elle a quitté l’univers des bureaux pour écrire son premier livre, portant sur les animaux dans l’art contemporain.

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