Thomas Ruff, Photograms – Jacinto Lageira, D’une réalité graduée

Thomas Ruff, phg.05, 2012, épreuve chromogénique / c-print, 255 x 185 cm, permission de / courtesy of David Swirner Gallery, New York

Thomas Ruff, phg.05, 2012, épreuve chromogénique / c-print, 255 x 185 cm, permission de / courtesy of David Swirner Gallery, New York

Une fois soulignée l’impossibilité des « photogrammes » réalisés à l’aide d’outils informatiques dans la série récente de Thomas Ruff, faisant ainsi le lien avec la formule de Moholy-Nagy expliquant que l’on pouvait faire des photographies sans appareil photographique (ses propres photogrammes), nous sommes immédiatement confrontés soit à l’élargissement de la notion de photographie, soit à sa disparition pure et simple au bénéfice d’un tout autre médium plastique. Que Ruff ait donné le nom et l’apparence de photogrammes à ses étranges images, puisqu’elles rappellent certains rendus et éléments obtenus de manière traditionnelle sur du papier photosensible, n’est pas un simple jeu paradoxal. Ce sont bien les notions de médium, de matériau, d’image, de représentation qui sont mises en question. Mais est-ce là un projet si radical dans le monde de l’art contemporain, où l’on ne compte plus les innovations technologiques et la très grande diversité des médiums ? Ce n’est assurément pas la performance technique qui étonne par elle-même, bien que l’on puisse admirer les formes, les couleurs et les formats, admirables précisément en raison de quelque ressemblance avec les photogrammes réalisés notamment durant les années 1920-1930. Car dès le moment où l’on se prend au jeu des imitations et des rapprochements, il apparaît assez vite que ces images sont tout le contraire du procédé du photogramme, puisqu’elles sont réalisées par ordinateur. Mais si Thomas Ruff a pris la peine de les dénommer ainsi, peut-être faut-il y prêter plus d’attention qu’à une simple curiosité ou à une amusante expérimentation.

[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

Thomas Ruff est né en 1958 à Zell, en Allemagne. Au début des années 1980, il décide de se consacrer à la photo et devient l’élève de Bernd Becher à la Kunstakademie Düsseldorf. Sa premère exposition personnelle a lieu en 1981. Il vit et travaille à Düsseldorf. Il est repésené par la Gagosian Gallery et la David Zwirner Gallery.

Jacinto Lageira est professeur d’esthétique et de philosophie de l’art à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, et critique d’art. Il a notamment publié L’image du monde dans le corps du texte (I, II), Bruxelles, La Lettre volée, 2003 ; L’esthétique traversée. Psychanalyse, sémiotique et phénoménologie à l’œuvre, Bruxelles, La Lettre volée, 2007 ; La déréalisation du monde. Fiction et réalité en conflit, Paris, J. Chambon, 2010 ; Jean Marc Bustamante. Cristallisations, Arles, Actes Sud, 2012 ; Regard oblique. Essais sur la perception, Bruxelles, La Lettre volée, 2013.

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