[Été 2026]
Tubes et faces B
par Kenneth Hayes
[EXTRAIT]
Regarder les photographies de la première rétrospective canadienne consacrée à Jeff Wall en vingt-cinq ans s’apparente un peu à écouter des classiques du rock. Cela rappelle un moment d’intensité pas si lointain, mais, si les images sont toujours aussi nettes, un voile de temps et de familiarité trouble et adoucit leur perception. Les images sont vidées de l’effet induit par leur taille imposante et leur présence physique lorsqu’elles sont présentées en reproduction, ce qui est le plus souvent le cas, et, parfois, la distance temporelle a dilué leur caractère d’actualité et leur tranchant polémique. Tellement d’événements se sont produits en Afghanistan depuis la création de Dead Troops Talk (1992), par exemple, qu’il est difficile de ressentir à nouveau le grand frisson de sa découverte. On a plutôt l’impression aujourd’hui, plus que jamais, d’être devant une peinture d’histoire.
Kathleen Bartels, la commissaire de cette exposition au Musée d’art contemporain de Toronto (MOCA), a pris plusieurs décisions inhabituelles : délaisser la chronologie et la catégorisation par technique ou par genre ; juxtaposer des images de grandes et petites dimensions ; et associer non seulement les célèbres diapositives cibachromes dans caisson à lumière fluorescente des débuts aux immenses épreuves au jet d’encre actuelles, mais aussi à des tirages à la gélatine argentique. Ce refus des classifications produit un effet chaleureux et plaisant qui tient de l’enchevêtrement de souvenirs ou d’une liste de chansons qui jouent en boucle. Ce n’est peut-être pas une introduction idéale au travail de Wall, puisqu’il est fait abstraction des revirements techniques ayant marqué la carrière de l’artiste, mais accrocher des faces B confidentielles à côté de grands tubes dynamise les deux, du moins pour celles et ceux qui ont déjà une certaine connaissance des sujets et méthodes de ce dernier. The Flooded Grave (1998–2000), par exemple, est un moment fort de son parcours en ce changement de siècle, quand ses scènes en plein air savamment construites étaient enrichies de collages numériques ; l’effet surnaturel obtenu se répète dans Rainfilled suitcase (2001), image modeste à proximité, sans doute produite avec des moyens plus simples.
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[ Numéro complet, en version papier et numérique, disponible ici : Ciel variable 132 – TABLEAUX ]
[ L’article complet en version numérique est disponible ici : TITRE ARTICLE]
Né en 1946 à Vancouver, Jeff Wall doit sa renommée à des mises en scène minutieuses reproduites dans de grandes images rétroéclairées. Membre de la non-officielle école de Vancouver, il a développé un langage qui puise dans l’histoire de la peinture, la littérature et le cinéma. Il a exposé son travail dans documenta, les biennales de Venise, São Paulo, Sydney et d’importants musées, de la Tate au MoMA. Il a remporté des honneurs tels que l’Audain Prize for the Visual Arts. Il est représenté par la galerie Gagosian. gagosian.com/artists/jeff-wall
Kenneth Hayes est historien de l’architecture retraité et vit à Sudbury, en Ontario. Il écrit ponctuellement des critiques en art contemporain, avec un intérêt particulier pour la photographie. Il est l’auteur de Milk and Melancholy (MIT Press et Prefix Institute of Contemporary Art, 2008), livre sur les images d’éclaboussures de lait dans l’art photoconceptuel des années 1965 à 1985.






