Jasmin Bilodeau, C’est trop beau, je vais le prendre en photo – Nathalie Côté

[Été 2026]

C’est trop beau, je vais le prendre en photo
par Nathalie Côté

VU, centre de diffusion et de production de la photographie, Québec
12.09.2025 — 19.10.2025

[EXTRAIT]

Le travail photographique que Jasmin Bilodeau a présenté à VU est sa propo­sition solo la plus accomplie et la plus convaincante depuis la fin, en 2019, du trio BGL avec lequel il a œuvré pendant plus de vingt ans. Dans le centre d’artistes de la coopérative Méduse, il a exposé quatre grandes photographies, comme autant de saisons. Ce sont des images de commerces désaffectés : un cinéma, un dépanneur, une quincaillerie, un local à louer ; des lieux à Montréal, à Québec ou à Saint-Ludger, près de Lac­Mégantic, lieu de naissance de l’artiste. Ces photographies sont-elles encore de la photographie ? se demande-t-on devant ces fresques à la fois vraisem­bla­bles et équivoques. On trouvera quel­ques pistes de réponse en relisant Susan Sontag et son essai La photographie (1979), mais surtout en rencontrant Jasmin Bilodeau dans son atelier, à Québec.

« Mon but est de parler de la désuétude du temps, mais avec du bricolage », explique-t-il. Dans une des photos, on reconnaît un graffiti du printemps 2012, le Printemps érable – « Travaille, consomme, pis ferme ta gueule » – on tombe sur le célèbre pochoir de Banksy, The Flower Thrower, puis sur la figure de Michael Jackson, enfin sur des tags, des bombages tels que « No future » ou « oui ». L’artiste s’amuse. On cherche d’autres repères, d’autres souvenirs comme on cherche des photos dans un album de famille. En vain. Il sera difficile de retracer le lieu ou le moment exact de cette scène, comme des trois autres, tant ses créations sont le résultat de nombreuses manipulations.

[…]

[ Numéro complet, en version papier et numérique, disponible ici : Ciel variable 132 – TABLEAUX ]
[ L’article complet en version numérique est disponible ici : TITRE ARTICLE]

 


Nathalie Côté publie régulièrement des textes dans les revues d’art. Elle est coordonnatrice de Droit de parole, le journal communautaire des luttes po­pulaires des quartiers centraux de Québec. Elle détient une maîtrise en histoire de l’art de l’Université de Montréal. De 1998 à 2008, elle a été successivement critique d’art au magazine Voir de Québec et au journal Le Soleil.