[Automne 2026]
Son art, son corps
par Ewa Monika Zebrowski
[EXTRAIT]
L’art de Maude Arsenault, sa photographie, est viscéral. Son art, c’est son corps. Par la photographie, elle explore son identité, son rapport au monde qui l’entoure.
Il y a deux ans, j’ai découvert le premier livre d’Arsenault, Entangled (2019). Je n’avais jamais vu son travail auparavant. J’ai été à la fois émue et quelque peu perplexe par cette rencontre. J’y ai perçu une certaine fragmentation, une fougue. Les images étaient abstraites, et cependant intimes et provocatrices. Ses photographies regorgent d’émotion. Elles reflètent son humeur : joie, douleur, tristesse, espoir, doute. Elles traduisent ses préoccupations : identité de genre, relations, maternité, vieillissement. Elle ose montrer ce que nous voulons souvent ignorer : nos rides, nos cicatrices, nos défauts, nos lits défaits, nos sous-vêtements, notre vulnérabilité. Chaque image est un instantané dans le temps. Son angoisse et sa volonté sont palpables. Elle veut communiquer sur le vif. Ici et maintenant. On sent une certaine urgence.
En 2015, Arsenault a pris un risque. Elle a laissé de côté une carrière fructueuse et exigeante de vingt ans en photographie de mode et publicité pour retourner aux études. Elle trouvait difficile de concilier les impératifs de la maternité avec ceux du travail et souhaitait trouver sa propre voix en tant qu’artiste. En 2019, elle a été invitée à la prestigieuse Chico Review, une retraite annuelle consacrée au livre photographique par le Charcoal Book Club au Montana. Ce fut pour elle une étape décisive : elle a eu là l’occasion de montrer ses créations aux membres de la communauté photo, notamment à Clint Woodside1, qui est immédiatement devenu son éditeur.
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[ Numéro complet, en version papier et numérique, disponible ici : Ciel variable 133 – INTIMITÉS ]
[ L’article complet en version numérique est disponible ici : Son art, son corps
Née à Québec, détentrice d’un certificat en histoire de l’art (Université de Montréal) et d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques (UQAM), Maude Arsenault explore la représentation des corps et des espaces féminins par l’image, l’imprimé, le collage, la sculpture et l’installation. Son travail a été présenté dans le cadre d’expositions et de résidences au Canada et à l’étranger. Lauréate du grand prix de photographie Hariban Award au Japon (2020), elle a également été récipiendaire des bourses Yvonne L. Bombardier (2021) et Claudine et Stephen Bronfman en art contemporain (2023). www.maudearsenault.com
Ewa Monika Zebrowski est photographe et poète. Elle a présenté quarante expositions individuelles et produit vingt-six livres d’artiste depuis 2001. Son travail figure dans plus de cinquante collections institutionnelles et muséales au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, dont celles du MoMA, du Getty Research Institute et de la Menil Collection.

