Évariste Desparois. Histoire d’une disparition — Sébastien Hudon

[Été 2021]

Par Sébastien Hudon

[Extrait]
Dans le cadre de l’exposition de l’artiste Guillaume Adjutor-Provost intitulée Belles eaux1, nous avons été invité à montrer et présenter trois œuvres rares (des fac-similés) d’un ensemble d’exception que nous venions de découvrir. Acquis lors d’une vente aux enchères tenue en France en octobre 2020, il est composé de photomontages monotypes sur papier au gélatino-bromure contre-collés sur un grand carton fort. Signées et datées entre 1946 et 1948, ces œuvres remarquables n’avaient pas été vues à Montréal en plus de soixante-dix ans. Leur auteur demeure jusqu’ici pratiquement inconnu des historiens. Son nom : Évariste Desparois.

On doit se rendre à l’évidence, peu de choses de l’artiste et de son œuvre sont parvenues jusqu’à nous. Si ce n’est un court article du professeur et collectionneur Gilles Rioux (1942–1995), paru dans un numéro spécial que Vie des arts consacre au surréalisme à l’automne 1975, ou quelques photographies conservées au Musée national des beaux-arts du Québec, il n’y a à peu près rien au sujet de Desparois dans la littérature et les institutions. Nous savons, depuis peu, qu’il est né à Montréal le 18 mai 19202 et qu’il a étudié au Collège Mont-Saint-Louis entre 1935 et 1939. Mais Desparois demeure élusif et pour le moment, ce n’est que par les photographies qu’il diffuse ou ses apparitions publiques relatées dans les journaux que nous avons accès à la période pendant laquelle il est le plus actif, entre 1945 et 1975.

De novembre 1945 à avril 1946, selon les journaux et publications de l’époque, Desparois (parfois orthographié «Des Parois») cherche des artistes (peintres, musiciens, artisans de la scène et de la radio) pour une exposition photographique qui ne verra le jour qu’en 19483. Collaborateur du Passe-Temps, un périodique culturel montréalais, il publie des portraits de personnalités émergentes ou célèbres. Plus personnels, ceux des peintres Suzanne Duquette, André Jasmin et Alfred Pellan4 se démarquent de la production de cette époque par la radicalité de leur composition…

 

Suite de l’article et autres images dans le magazine : Ciel variable 117 – DÉCALÉ