Chuck Samuels, The Photographer – Chuck Samuels, La marionnette du ventriloque : Nouvelle entrevue

[Printemps-été 2015]
Chuck Samuels, After Friedlander, from the series / de la série The Photographer, 2015, 31 x 20 cm. Inkjet print on archival paper / impression jet d'encre sur papier archive.

Chuck Samuels, After Friedlander, from the series / de la série The Photographer, 2015, 31 x 20 cm. Inkjet print on archival paper / impression jet d’encre sur papier archive.

Par Chuck Samuels

[Extrait]
Chuck Samuels : Dans Before the Camera, vous choisissez d’apparaître en travesti pour étudier le nu féminin dans l’histoire de la photographie; dans Psychoanalysis, vous incarnez à la fois le personnage de Norman Bates et celui de Marion Crane; dans Before Photography, vous jouez le rôle de divers photographes dans des photos de films appartenant à une époque spécifique; aujourd’hui, dans The Photographer, vous employez une stratégie similaire pour illustrer la manière dont les photographes se sont représentés eux-mêmes dans l’histoire du médium. Réalisez-vous ainsi un désir de devenir quelqu’un d’autre, d’être une star, d’exprimer une forme de narcissisme ou un fétichisme particulier ?

Chuck Samuels : Premièrement, je n’étais pas travesti dans Before the Camera ; cela aurait impliqué que je m’habille en femme, alors que j’étais déshabillé en femme. Deuxièmement, dans Before Photography, je ne jouais pas des personnages de photographes : j’incarnais des acteurs qui incarnaient des photographes. Et pour répondre à votre question, on peut se demander si je suis ou non une personne narcissique, mais le narcissisme n’est pas un aspect de ma production artistique. Mon travail ne consiste pas à fantasmer sur des personnages ou des situations. Certains s’imaginent que j’ai toujours fantasmé sur l’idée de devenir Nastassja Kinski ou Janet Leigh, James Stuart ou Alfred Stieglitz. Or je joue simplement des personnages. Dans The Photographer, comme dans d’autres oeuvres, j’essaie de recréer, le plus sérieusement et le plus fidèlement possible – y compris dans la qualité de ma performance –, une image préexistante. Ou, si vous préférez, en essayant d’entrer dans la peau de divers photographes de l’histoire de la photographie, j’essaie de devenir la photographie elle-même.

CS : Et qu’espérez-vous accomplir en « devenant la photographie » ?
CS : Quand je suis plongé dans un projet, ce n’est pas dans le but d’atteindre un objectif précis ; c’est comme si je devenais possédé par une idée ou un ensemble d’idées qui s’expriment à travers moi. Ce n’est pas exactement comme si j’étais habité par un esprit ; je suis plutôt comme la marionnette d’un ventriloque : ma bouche remue, mais ce n’est pas ma voix que vous entendez.

Plus tard, quand le projet est terminé et que j’ai pris un certain recul critique, je peux dire avec certitude que j’essaie d’exprimer et de partager ma fascination pour la photographie et son histoire avec tous ceux qui sont intéressés, voire avec ceux qui ne le sont pas. Je crois que cela pourrait être instructif à plusieurs titres – notamment pour les artistes qui sont engagés dans une démarche d’appropriation, qui croient qu’il y a encore beaucoup à dire…
Traduit par Emmanuelle Bouet

[Suite de l’article dans les versions imprimée et numérique du magazine.]

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